À Pinède Sud, sept hectares doivent absorber des remorques, des voitures neuves, des passagers, des contrôles et des bateaux qui n’attendent pas que Marseille pousse les murs. Le futur terminal RoRo/Ropax des bassins Est donne la mesure de la contrainte : le port veut faire passer davantage sans gagner de nouveau terrain. Ici, la capacité ne tient pas seulement au quai. Elle tient à la manière de ranger le bitume.
Rue du Bon-Pasteur, la même logique prend la forme d’une école. À Montolieu, une maternelle de cinq classes doit devenir un groupe scolaire de 17 classes, près de la Porte d’Aix et de Saint-Charles. Mais il faut composer avec un îlot dense, des démolitions, des acquisitions, une école encore en fonctionnement, les réseaux, l’amiante, le plomb, et même l’évacuation du Marché du Soleil. Avant la cour de récréation, il y a la place à libérer.
À Saint-Rémy-de-Provence, la réserve se cache dans une ancienne caserne. La Combette ne promet pas encore un nombre de logements. Elle dit pourtant une méthode : reprendre un terrain déjà urbanisé, désamianter, curer, déconstruire, puis seulement construire. Dans une commune où le foncier libre est rare et où les résidences secondaires occupent une forte part du parc, même un ancien site militaire devient une respiration.
Le même fil quitte les murs pour rejoindre les berges. Sur l’Arc, la Cadière, la Touloubre et autour de Berre, les ripisylves à restaurer ne sont pas un décor vert au bord de l’eau. Elles retiennent des berges, freinent des embâcles, abritent du vivant, bousculent les limites privées, et deviennent collectives dès que la crue descend vers un pont, une route ou un lotissement. Aux Pennes-Mirabeau, après l’incendie de 2025, les fronts rocheux rappellent la même règle avec moins de poésie : la sécurité peut tenir à des cordistes, à des filets et à quelques écrans bien placés au-dessus d’une rue.
Fos, Montolieu, Saint-Rémy, les rivières, les collines brûlées : aucune de ces nouvelles ne dessine un grand espace disponible. Elles racontent plutôt une compétence très provençale et très pénible à exercer quand tout est déjà occupé : ranger, réparer, sécuriser, puis trouver enfin où poser les pieds.