À l’école élémentaire Frédéric Mistral d’Ensuès-la-Redonne, la cour haute et la cour basse ne vont pas seulement gagner quelques plantations. La commune a notifié les 5 et 8 juin deux marchés de travaux pour désimperméabiliser et renaturer les cours, pour un total de 349 298 € hors taxes et une durée initiale de trois mois.
Le lot le plus important, attribué à Eiffage Route Grand Sud, porte sur le terrassement, les réseaux d’eaux pluviales et la voirie, pour 221 526 € HT. Le second, attribué à Espaces Verts du Littoral, concerne les plantations, l’arrosage automatique, le mobilier et les jeux, pour 127 772 € HT. La consultation imposait même une visite du site aux entreprises candidates. Une cour d’école ne se transforme pas sur catalogue.
Ce détail est le cœur de l’affaire. Avant l’ombre, il y a le sol. Il faut enlever des surfaces minérales, reprendre les pentes, faire circuler ou infiltrer l’eau, choisir des revêtements qui supportent les jeux, puis installer des végétaux capables de tenir dans un été méditerranéen. La cour fraîche n’est donc pas seulement une image de plaquette avec trois arbres et deux bancs. C’est un petit ouvrage public, avec ses réseaux, ses contraintes d’usage et son entretien futur.
À Ensuès-la-Redonne, ce chantier s’inscrit dans une mécanique plus large portée par la Métropole Aix-Marseille-Provence. Celle-ci indique que 42 communes lauréates sont engagées dans son dispositif « Vers des cours d’école désimperméabilisées et renaturées » et que 60 écoles bénéficient de cet accompagnement. Sur un territoire qui compte 1 048 écoles maternelles et primaires, le levier est simple à comprendre : les écoles appartiennent aux communes, mais beaucoup n’ont pas seules l’ingénierie nécessaire pour passer d’une cour bitumée à un espace qui gère mieux la chaleur et l’eau.
La Métropole prend donc en charge les études préalables, diagnostics hydrauliques, paysagers et scénarios d’aménagement, puis aide les communes à monter leurs dossiers de subvention et leurs consultations. C’est souvent ainsi que l’adaptation climatique avance localement : moins par un grand geste unique que par une série de chantiers très ordinaires, dans des écoles, sur des places, autour de bâtiments publics. La rénovation énergétique des bâtiments publics traite les murs et les consommations. Ici, le sujet est sous les pieds des enfants.
Dans les Bouches-du-Rhône, ce calendrier se comprend vite. Météo-France projette pour Provence-Alpes-Côte d’Azur une hausse moyenne des températures de 2,2 °C à l’horizon 2050 par rapport à 1976-2005, avec des étés plus chauds encore. Dans une cour minérale, cette hausse se ressent à hauteur de préau, de ballon, de récréation et de surveillance. AtmoSud, qui suit notamment l’école pilote Jacques-Prévert à Lambesc, donne pour ces opérations un ordre de grandeur de 150 à 250 € par mètre carré. La surface traitée à Frédéric Mistral n’est pas publiée, ce qui empêche de comparer proprement le coût local à cette fourchette.
Le choix reste lisible. Garder le bitume coûte moins cher maintenant, mais laisse les écoles absorber de plein fouet les étés plus chauds et les épisodes pluvieux à mieux gérer. Renaturer coûte, demande de l’arrosage, de l’entretien, des arbres qui prennent et des usages qui changent. À Ensuès-la-Redonne, l’adaptation climatique passera d’abord par ces travaux modestes en apparence : refaire les cours haute et basse de Frédéric Mistral pour mieux supporter les chaleurs et mieux gérer l’eau.
Sources consultées
- Métropole Aix-Marseille-ProvenceLe plan de désimperméabilisation des cours d’école prend de l’ampleur
- BOAMPAvis de marché n° 26-39972 du 20/04/2026
- e-marchespublics.comDonnées essentielles, lot 1, école élémentaire Frédéric Mistral
- e-marchespublics.comDonnées essentielles, lot 2, école élémentaire Frédéric Mistral
- Météo-FranceQuel climat futur en Provence-Alpes-Côte d’Azur ?
- AtmoSud, Inspirons !Îlots de chaleur : les écoles d’Aix-Marseille-Provence se mettent « à la fraîche »