Revue hebdomadaire

Ce que la Seine-et-Marne fabrique sans le dire

À Mormant, Meaux et Bussy-Saint-Georges, la Seine-et-Marne fabrique décors de parcs, brie et farine, tandis qu’une carte chiffre 38 milliards d’euros d’achats extérieurs.

Poussons la porte des ateliers. À Mormant, les menhirs de Toutatis révèlent des armatures, des ancrages et des garde-corps. Les rochers de parcs de loisirs mobilisent des sculpteurs, du béton, du bois, du métal, de la conception numérique et de l’ingénierie. Atelier Emocio assure désormais aussi le diagnostic et la maintenance de ces décors. Dans les mondes imaginaires, quelqu’un doit resserrer les boulons.

Changeons de matière. À Meaux, le lait cru de douze producteurs passe entre les mains d’une dizaine de personnes, du moulage à la pelle jusqu’à l’affinage. Après treize années sans production dans la ville, le brie y est fabriqué de nouveau depuis 2018.

À Bussy-Saint-Georges, c’est l’eau du ru de la Brosse qui met l’atelier en mouvement. Au Moulin Russon, on prépare le grain, ouvre les vannes, règle les meules, tamise puis ensache. La production est modeste ; le geste, lui, parcourt toute la chaîne.

La nouvelle toile de l’économie seine-et-marnaise cherche à relier ces savoir-faire plutôt qu’à les exposer séparément. Elle chiffre 64 milliards d’euros produits dans le département, contre 38 milliards d’achats réalisés à l’extérieur. Tout ne peut pas être commandé dans le 77. Mais parmi la cinquantaine de pistes annoncées, certaines pourraient rapprocher un acheteur de son sous-traitant, une entreprise de maintenance ou un matériau à valoriser.

La visite s’achève donc moins à la boutique que dans le carnet de commandes. Faux rocher, fromage ou sac de farine : fabriquer localement compte davantage lorsqu’un autre acteur local sait que l’atelier existe.