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Attaque de Trappes : huit scènes de tirs, huit autres personnes directement visées

Le parquet a reconstitué huit scènes de tirs sur 12 km. Son bilan du 26 octobre fait état d'un mort, de sept blessés et de huit autres personnes directement visées.

Illustration - rues de Trappes et La Verrière

Le bilan de l’attaque de Trappes et de La Verrière ne se limite pas aux morts et aux blessés. Lundi 26 octobre, le procureur national antiterroriste Olivier Christen a recensé huit personnes directement visées par les tirs mais non blessées physiquement, en plus d’un mort et de sept blessés. Parmi elles figure une enfant de 12 ans.

Ce nouveau bilan, le dernier officiellement vérifié mardi 27 octobre, s’appuie sur la reconstitution de huit scènes de tirs réparties sur 12 kilomètres. Le parquet a dénombré au moins 128 munitions tirées lors de cette attaque du vendredi 23 octobre, qui s’est déroulée en une vingtaine de minutes.

Quatre personnes ont été grièvement blessées et trois plus légèrement. Ce bilan remplace les cinq blessés rapportés dans les premiers jours. Lundi soir, trois victimes restaient hospitalisées, dont une avec un pronostic vital toujours engagé. Celui d’une enfant de 11 ans, grièvement blessée, ne l’était plus depuis dimanche.

Des personnes visées dans leur voiture, dans la rue et près des commerces

La reconstitution commence avenue Hector-Berlioz, à Trappes, où le tireur présumé ouvre le feu depuis sa voiture sur un autre véhicule. Quelques instants plus tard, toujours sur cette avenue mais devant la maison de santé, il vise un homme sans l’atteindre. Le parquet distingue bien deux scènes.

La troisième se déroule au square Louis-Pergaud. Pengo Bossio Wangi, 26 ans, y est mortellement touché.

Les tirs se poursuivent contre deux véhicules occupés, à l’intersection des rues Maurice-Ravel et Clément-Ader, puis avenue Henri-Barbusse. Aucun de leurs occupants n’est blessé. À la station-service Esso du boulevard Martin-Luther-King, une personne est grièvement blessée près de l’entrée de la boutique.

À La Verrière, deux personnes sont ensuite grièvement blessées près de la pharmacie du Bois-de-l’Étang. Une dernière séquence de tirs, toujours dans cette commune, atteint une enfant de 11 ans.

Cette géographie explique ce que les premiers bilans ne montraient pas. Plusieurs personnes ont essuyé des tirs sans être physiquement atteintes. Un automobiliste pris pour cible sans être blessé, un homme manqué devant une maison de santé ou une enfant qui échappe aux balles ne figurent pas dans le bilan des blessés. Ils font pourtant partie des faits examinés par les enquêteurs.

Le décompte des huit personnes directement visées sans blessure physique, présenté lundi, reste susceptible d’être précisé. Le procureur indiquait que l’identification et les auditions des personnes concernées se poursuivaient.

Les premières informations présentaient l’enfant blessée comme âgée de 12 ans. Le PNAT distingue désormais une fillette de 11 ans grièvement blessée et une autre de 12 ans directement visée, mais physiquement indemne.

Le nombre de blessés ne mesure donc pas, à lui seul, l’étendue de l’attaque. Les différentes scènes doivent aussi permettre d’établir qui a été visé, dans quelles circonstances et avec quelle intention.

Ce que la succession des tirs peut établir sur le mobile

Le Parquet national antiterroriste (PNAT) enquête pour assassinat et tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec une circonstance aggravante liée à l’appartenance réelle ou supposée des victimes à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion.

Pour justifier sa compétence, le procureur invoque la préparation de l’attaque, l’utilisation d’un pistolet-mitrailleur et le nombre de personnes visées, parmi lesquelles des enfants. Il indique également que le profil de la majorité des victimes et certains propos attribués au suspect ont conduit à retenir la circonstance aggravante raciste.

Kévin T., 39 ans, interpellé à Coignières à 10 h 20 le jour des faits, ne conteste pas leur matérialité, selon le procureur. Il conteste en revanche leur caractère raciste.

Cette distinction engage deux questions différentes. Pour retenir la qualification terroriste, il faut établir que les faits sont liés à une entreprise visant à troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur. La circonstance aggravante raciste exige, elle, des éléments permettant d’établir que des victimes ont été visées en raison de leur appartenance réelle ou supposée à un groupe protégé par la loi.

L’enchaînement des tirs, même précisément reconstitué, ne suffit pas à établir à lui seul le mobile de chaque attaque.

Les enquêteurs examinent également la préparation matérielle. Un pistolet-mitrailleur Sten de calibre 9 mm a été découvert dans la voiture du suspect. À son domicile de Plaisir, un dispositif au gaz comportant deux minuteurs a nécessité l’intervention du RAID et des démineurs. Selon le procureur, il était fonctionnel et aurait pu détruire l’appartement et endommager les logements voisins.

L’enquête devra encore préciser les circonstances de cette préparation et les intentions qu’elle recouvrait. Kévin T. bénéficie de la présomption d’innocence.

Une nouvelle phase d’auditions, un accompagnement pour les victimes

Après une interruption de sa garde à vue pour observation psychiatrique, Kévin T. a pu être de nouveau entendu à partir du lundi 26 octobre à 14 h 46. Un nouvel examen médical avait conclu que son état permettait la reprise de cette mesure. Cette appréciation ne détermine pas sa responsabilité pénale au moment des faits.

Selon les délais communiqués par Olivier Christen, la garde à vue peut se poursuivre jusqu’au jeudi 29 octobre à 0 h 36. Quatre membres de l’entourage du suspect, également placés en garde à vue, ont été libérés dimanche soir sans suite à ce stade.

Pour les personnes directement exposées aux tirs, l’absence de blessure physique n’exclut ni un besoin de soutien psychologique ni l’existence d’un préjudice indemnisable.

L’association France Victimes 78 a été mobilisée et des centres d’accueil des victimes et des personnes impliquées ont été installés dès le 23 octobre dans les mairies de Trappes et de La Verrière, avec une cellule d’urgence médico-psychologique. Les personnes concernées peuvent joindre gratuitement le 116 006, tous les jours de 9 h à 20 h, ou consulter les démarches officielles d’aide aux victimes de terrorisme.

Le procureur a également demandé de ne pas diffuser les vidéos de l’attaque portant atteinte à l’intégrité ou à la dignité des victimes, dont certaines circulent sur les réseaux sociaux.

La reconstitution du 26 octobre établit ainsi que huit autres personnes ont été directement visées sans blessure physique. Des premiers tirs avenue Hector-Berlioz jusqu’à l’enfant blessée à La Verrière, elle documente une succession d’attaques contre des personnes différentes. Les prochaines auditions devront éclaircir ce qui a déterminé le choix des cibles, d’une rue à l’autre.

Sources consultées
  1. Parquet national antiterroriste, Olivier ChristenConférence de presse du 26 octobre 2026, enregistrement intégral diffusé par Le Parisien
  2. Le MondeAttentat de Trappes : la garde à vue de Kevin T. a repris lundi après un nouvel examen psychiatrique
  3. Actu17Attentat à Trappes : 128 munitions tirées, mobile raciste contesté par le suspect, garde à vue reprise
  4. LégifranceCode pénal, articles 421-1 et 132-76
  5. Service-PublicQue faire si je suis une victime ou un proche de victime d'acte terroriste ?