
Trois jours après les tirs de Trappes et de La Verrière, le bilan reste d’un mort et cinq blessés. Pengo Bossio Wangi, 26 ans, a été tué vendredi 23 octobre près du square Louis-Pergaud, dans les Yvelines. Dimanche, plus d’un millier de personnes lui ont rendu hommage à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, selon Le Parisien. Ce lundi 26 octobre, plusieurs associations appellent à un nouveau rassemblement à 19 heures, place de la Bataille-de-Stalingrad, à Paris.
Vendredi, lors d’une perquisition au domicile du suspect, à Plaisir, les enquêteurs ont découvert trois bouteilles de gaz reliées à des fils électriques et à un minuteur. L’immeuble et le centre commercial voisin ont été évacués avant l’intervention des démineurs. La garde à vue de l’homme de 39 ans soupçonné d’avoir ouvert le feu a été suspendue pour permettre une observation psychiatrique. Quatre personnes de son entourage étaient toujours en garde à vue dimanche.
Une fillette blessée, un autre homme toujours dans un état critique
Vendredi, peu après 10 heures, un homme au volant d’une voiture a tiré en rafales à plusieurs endroits de Trappes, notamment près d’une aire de jeux et d’une station-service, avant de poursuivre vers La Verrière, à quelques kilomètres.
Six personnes ont été touchées. Pengo Bossio Wangi est mort à Trappes. Cinq autres personnes ont été blessées, dont une fillette de 12 ans atteinte par huit balles à La Verrière et hospitalisée à Necker, à Paris.
Dimanche 25 octobre, le maire de La Verrière, Nicolas Dainville, a donné des nouvelles plus encourageantes de l’enfant, après avoir échangé avec sa mère. Elle allait mieux, a-t-il indiqué sur franceinfo. Grièvement blessée, elle se trouvait encore en urgence absolue samedi, selon le Parquet national antiterroriste (Pnat). Parmi les deux autres personnes blessées à La Verrière, l’une était également en amélioration, tandis que l’autre demeurait dans un état critique. Le bilan médical complet des victimes n’avait pas été actualisé publiquement lundi matin.
Le tireur présumé a été interpellé à Coignières vendredi vers 10 h 20 par des policiers de la brigade anticriminalité. Un pistolet-mitrailleur a été retrouvé dans son véhicule.
Le Pnat a ouvert une enquête notamment pour assassinat et tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec une circonstance aggravante liée à l’origine ou à la religion réelle ou supposée des victimes. L’enquête porte également sur une association de malfaiteurs terroriste en vue de la préparation de crimes contre les personnes.
Les investigations examinent l’hypothèse d’une attaque dirigée contre des personnes en raison de leur couleur de peau ou de leur origine supposée. Emmanuel Macron a qualifié vendredi les faits d’attentat terroriste raciste. Les qualifications et les responsabilités restent à établir judiciairement.
Le dispositif découvert à Plaisir pose la question de la préparation
Au domicile de Kévin T., les bouteilles de gaz étaient reliées à des fils électriques connectés à un minuteur, selon le communiqué du Pnat publié vendredi.
La découverte a entraîné l’évacuation des habitants de l’immeuble et des occupants du centre commercial voisin. Le RAID est intervenu pour accéder à l’appartement, puis les démineurs ont sécurisé les lieux au cours du vendredi 23 octobre, selon RTL. Le dispositif a été neutralisé, mais son caractère opérationnel n’était pas établi.
Les enquêteurs doivent déterminer sa fonction exacte, les intentions du suspect et l’existence éventuelle d’autres personnes impliquées dans la préparation des faits. Les gardes à vue de quatre membres de son entourage familial et amical se poursuivaient dimanche, sans que leur responsabilité soit établie.
Après un examen psychiatrique réalisé samedi soir, Kévin T. a été transféré à l’Infirmerie psychiatrique de la préfecture de police pour une observation pouvant durer 48 heures.
Cette mesure doit déterminer si son état permet la reprise des auditions. Elle ne tranche pas la question distincte de son discernement au moment des tirs, ni celle de sa responsabilité pénale. Les analyses toxicologiques ont par ailleurs révélé la présence de cannabis et de cocaïne dans son sang, selon le Pnat.
Pour les proches de Pengo Bossio Wangi, les investigations devront aussi éclairer le parcours du suspect avant l’attaque. Leur avocat, Yassine Bouzrou, souhaite notamment obtenir des réponses sur une éventuelle radicalisation et sur les informations dont disposaient les autorités.
Deux heures quarante de trajet pour deux heures de MMA
À Aubervilliers, Pengo Bossio Wangi était connu pour tout autre chose que les circonstances de sa mort.
Habitant des Yvelines, le jeune homme fréquentait assidûment l’Atch Academy, un club d’arts martiaux mixtes (MMA) de Seine-Saint-Denis. Son fondateur, Stéphane Chaufourier, a raconté à l’AFP qu’il effectuait environ une heure vingt de trajet à l’aller et autant au retour pour deux heures d’entraînement. Il venait quasiment tous les jours et rêvait de devenir professionnel.
John, l’un de ses partenaires d’entraînement depuis quatre ans, a évoqué auprès de l’AFP un sportif passionné, respectueux, capable de travailler avec les débutants comme avec les combattants confirmés. Le jeune homme travaillait également dans le secteur de la sécurité, selon l’avocat de sa famille.
Dimanche, son club a organisé une marche blanche au départ de l’hôtel de ville d’Aubervilliers. Derrière une banderole portant son portrait, ses proches, ses partenaires d’entraînement et de nombreux habitants ont défilé en sa mémoire. Le Parisien, présent sur place, a estimé la participation à plus d’un millier de personnes.
Le rassemblement prolongeait celui organisé samedi à Trappes, près de l’endroit où il avait été abattu. Mais il racontait aussi autre chose : Pengo Bossio Wangi avait construit une partie de sa vie dans une ville située à l’autre bout de la métropole. Son club était devenu une communauté, et cette communauté s’est mobilisée pour lui.
L’Atch Academy a également lancé une cagnotte destinée à soutenir sa famille et à financer les obsèques.
Un rassemblement ce lundi à Paris
Lundi 26 octobre, un rassemblement est prévu à 19 heures, place de la Bataille-de-Stalingrad, dans le 19e arrondissement de Paris.
La Ligue des droits de l’Homme, SOS Racisme, le Mrap et plusieurs organisations syndicales et étudiantes appellent à soutenir les victimes et à dénoncer la banalisation de la haine raciste. La fédération parisienne de la LDH confirme le lieu et l’horaire.
Les manifestants entendent dénoncer une violence dont les victimes semblent avoir été choisies pour leur apparence ou leur origine supposée. L’enquête doit encore préciser comment le suspect a préparé les faits, ce qui a motivé ses choix et si d’autres personnes y ont participé.
À Trappes et à La Verrière, les habitants attendent aussi des nouvelles des blessés. Pour les proches de Pengo Bossio Wangi, il faudra comprendre les circonstances de sa mort, survenue dans les Yvelines, loin du club d’Aubervilliers où il s’entraînait presque chaque jour.
Sources consultées
- Le MondeEn direct, tirs à Trappes et à La Verrière : l’enquête antiterroriste
- RTLINFO RTL - Attentat raciste de Trappes : clous sur des bonbonnes de gaz, deuxième voiture... Les coulisses d'un déminage à haut risque
- Le ProgrèsYvelines. Attaque raciste à Trappes et La Verrière : la jeune fille de 12 ans blessée par huit balles va mieux
- TV5MONDE avec AFPPengo Bossio Wangi, la vie volée d'un espoir du MMA
- Le Parisien« Il avait 26 ans, la vie devant lui » : un millier de personnes rendent hommage à Pengo, tué dans l’attaque raciste de Trappes
- Ligue des droits de l’Homme, Fédération de ParisRassemblement citoyen contre la haine raciste