
Depuis quelques jours, une charpente métallique enjambe une partie de la RN10 à Montigny-le-Bretonneux. À terme, la passerelle s’étendra sur 145 mètres entre l’avenue des Prés et l’Île de loisirs de Saint-Quentin-en-Yvelines. Le deuxième et dernier tronçon doit être posé le 28 septembre, avant une mise en service prévue au premier semestre 2027. Montant annoncé : près de 8 millions d’euros hors taxes.
Pour comprendre ce prix, il faut remonter au projet voté en 2022. L’opération était alors estimée à 3,84 millions d’euros HT. Après les études, l’enveloppe prévisionnelle atteignait 7,81 millions en mars 2025. Entre-temps, une première consultation des entreprises avait été abandonnée : les offres reçues dépassaient nettement l’estimation. SQY a fait retravailler l’ouvrage avant de lancer un second appel d’offres.
Les études avaient surtout révélé tout ce que ces 145 mètres devaient franchir ou contourner. La qualité du sous-sol et la présence d’anciennes marnières ont imposé des fondations profondes. Les contraintes fixées par la SNCF autour de ses emprises ont obligé à modifier la rampe sud. Une canalisation d’eau potable et un réseau Enedis ont dû être déplacés. Le terrain a même nécessité une vérification pyrotechnique liée à la présence possible d’anciennes munitions. Quant à la charpente métallique courbe, SQY reconnaît que sa complexité de fabrication avait été sous-estimée, notamment parce qu’aucune pile intermédiaire ne peut être installée au niveau de la RN10.
La végétalisation ajoute elle aussi de la matière au problème d’ingénierie. L’ouvrage doit intégrer un corridor écologique d’un mètre de large entre l’Île de loisirs et les espaces boisés de Montigny. Pour que cette végétation tienne dans le temps, l’épaisseur de terre a été augmentée, ce qui exige davantage d’acier. À l’inverse, certains choix plus coûteux aujourd’hui doivent éviter des interventions demain : acier auto-patinable sous la passerelle, inox sur une partie des garde-corps, afin de limiter au strict minimum les opérations d’entretien depuis la RN10 pendant les cent prochaines années.
Ces contraintes expliquent aussi pourquoi la continuité d’un réseau cyclable ne se mesure pas seulement en kilomètres aménagés. La passerelle prolongera la V8, entre Plaisir et Paris, et se raccordera également à la V3. En septembre, la Région indiquait que 350 km sur les 750 prévus pour le Réseau Vélo Île-de-France étaient ouverts et désignait précisément les ruptures d’itinéraire comme l’un des obstacles restant à traiter. Notre récent décryptage du réseau francilien montrait ce passage d’une logique d’accumulation de pistes à une logique de continuité. À Montigny, il faut pour cela construire un ouvrage d’art.
SQY ne finance pas seule ces travaux. En mars 2025, l’agglomération indiquait avoir déjà sécurisé des subventions représentant 49 % de l’enveloppe, apportées par l’État, la Région et le Département, avec une aide régionale complémentaire encore recherchée.
Le deuxième et dernier tronçon doit être posé au-dessus de la RN10 le 28 septembre. Viendront ensuite les rampes, les raccordements et l’aménagement de l’ouvrage. Si le calendrier est tenu, au premier semestre 2027, piétons et cyclistes pourront passer directement de l’avenue des Prés à l’Île de loisirs sans que la RN10 coupe cet itinéraire.