
Le marché de Rungis, au sud de Paris, est arrivé à saturation. Pour renforcer la distribution alimentaire dans le nord de l’Île-de-France, la SEMMARIS prépare une nouvelle plateforme de gros à Goussainville : Agoralim doit occuper 44,5 hectares, principalement dans la commune, avec des emprises routières à Roissy-en-France. Du 2 novembre au 4 décembre, une enquête publique permettra aux habitants d’examiner le projet.
La procédure prépare une déclaration d’utilité publique (DUP) et la mise en compatibilité du schéma de cohérence territoriale de Roissy Pays de France et du plan local d’urbanisme de Goussainville. La DUP est demandée au bénéfice de l’Établissement public foncier d’Île-de-France (EPFIF), chargé de la maîtrise foncière. La SEMMARIS, de son côté, porte le projet. Cette procédure doit permettre de sécuriser les terrains nécessaires à l’opération. Elle ne constitue pas encore une autorisation de construire.
Rungis cherche une seconde implantation
La SEMMARIS, société d’économie mixte qui aménage et gère le marché de Rungis, développe Agoralim pour compléter les capacités de distribution du site historique. Sa concession a été prolongée jusqu’en 2068 afin de lui permettre d’amortir les investissements nécessaires à Rungis et à Agoralim. Le décret approuvé en avril 2026 prévoit environ 550 millions d’euros d’investissements pour le programme Agoralim, notamment pour les acquisitions foncières, l’aménagement des terrains, les bâtiments et leur entretien.
À Goussainville, le programme prévoit entre 120 000 et 130 000 m² de surface de plancher : huit bâtiments logistiques, quatre ateliers de transformation alimentaire, des locaux tertiaires et une Agora des producteurs. Environ 1 500 emplois directs sont annoncés.
L’Agora des producteurs doit notamment permettre aux agriculteurs de commercialiser, stocker et préparer leurs commandes. Comme à Rungis, les échanges sont destinés aux professionnels de la distribution et de l’agroalimentaire, pas aux particuliers.
Pour le seul site de Goussainville, la SEMMARIS évaluait en 2025 les études et travaux à 300 millions d’euros, hors honoraires de maîtrise d’œuvre, taxes, foncier et ouvrage routier. Ces postes exclus étaient alors estimés à 100 millions d’euros supplémentaires. Ce montant est distinct des 550 millions prévus pour l’ensemble du programme Agoralim.
Sept hectares supplémentaires dans le périmètre
Le périmètre a évolué depuis les premières présentations. Notre précédent article sur l’avancée du projet évoquait 37,8 hectares. L’avis de la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAe), rendu le 26 août 2026, explique que deux extensions successives ont porté cette emprise à 44,5 hectares : la première pour intégrer les terrains nécessaires à la desserte routière, la seconde pour ajouter une parcelle dans le prolongement du futur accès. Au total, 2,35 hectares du périmètre, consacrés à la voirie, se trouvent sur Roissy-en-France.
Cette extension prend place dans un secteur qui juxtapose des parcelles cultivées, des entreprises artisanales et industrielles, des habitations et des terrains dégradés. Près de la moitié de l’emprise correspond à des terres agricoles qui seront artificialisées.
C’est précisément sur le choix du site que la MRAe demande des justifications supplémentaires. L’étude d’impact examine onze emplacements possibles, mais l’autorité estime que leur comparaison n’est pas suffisamment rigoureuse : les sites ne sont pas cartographiés dans l’analyse et les critères environnementaux sont insuffisamment évalués. Elle recommande également de comparer des variantes plus compactes, avec notamment des bâtiments plus hauts, afin de limiter l’emprise au sol.
Les routes et l’environnement, deux conditions du projet
La desserte constitue une autre dépendance importante. Un nouvel accès doit être aménagé depuis la RD317 pour accueillir principalement les poids lourds sans reporter leurs circulations dans les quartiers habités.
L’étude d’impact estime que l’exploitation du site générera environ 2 250 véhicules supplémentaires par jour, dont 26 % de poids lourds et 30 % de véhicules utilitaires légers. Le financement de l’infrastructure routière doit également être organisé avec les partenaires concernés.
L’avis environnemental apporte d’autres éléments importants. La MRAe indique que certaines parcelles, représentant environ 20 % du site, n’ont pas pu être visitées. Elle relève également des lacunes dans l’évaluation des consommations d’eau et d’énergie, des rejets industriels et des émissions de gaz à effet de serre. Elle recommande de compléter l’étude d’impact avant le démarrage des travaux.
L’avis de la MRAe porte sur la qualité de l’évaluation environnementale, pas sur l’autorisation de construire. Le dossier de l’enquête comprend également le mémoire en réponse de la SEMMARIS, que le public pourra confronter aux recommandations de l’autorité.
Le calendrier présente lui aussi deux échéances distinctes. La SEMMARIS annonce sur son site un démarrage des travaux d’aménagement en 2027 et une première livraison en 2029. L’étude d’impact de mai 2026 prévoit toutefois un démarrage des travaux au troisième trimestre 2028 et un achèvement au premier semestre 2037. Les documents consultés n’articulent pas clairement ces calendriers.
Comment participer à l’enquête publique ?
L’enquête se déroulera du 2 novembre à 9 h au 4 décembre 2026 à 17 h. Les habitants, associations et acteurs économiques pourront consulter le dossier et déposer leurs observations dans les mairies de Goussainville, Roissy-en-France et Le Thillay, ainsi qu’au siège de la communauté d’agglomération Roissy Pays de France. Ils pourront également contribuer directement sur le registre numérique de l’enquête publique Agoralim.
Le commissaire enquêteur transmettra ensuite son rapport et ses conclusions au préfet, qui décidera de déclarer ou non l’utilité publique du projet. Une autorisation environnementale, comprenant notamment les volets relatifs aux installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) et à la loi sur l’eau, restera nécessaire.
Le préfet devra donc décider si l’intérêt public du projet justifie l’emprise foncière et les infrastructures qu’il réclame à Goussainville.
Sources consultées
- Préfecture du Val-d'OiseGOUSSAINVILLE - Projet AGORALIM
- Mission régionale d'autorité environnementale d'Île-de-FranceAvis délibéré du 26 août 2026 sur le projet Agoralim à Goussainville
- LégifranceDécret n° 2026-241 du 1er avril 2026 relatif au cahier des charges de la SEMMARIS
- SEMMARIS / AgoralimLe site de Goussainville
- Registre NumériqueEnquête publique unique préalable relative au projet AGORALIM