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À L’Île-Saint-Denis, des sols reconstruits infiltrent l’eau jusqu’à cinq fois plus vite que la terre végétale importée

À Lil’Ô, cinq ans d’expérimentation montrent que des sols fabriqués avec des matériaux urbains peuvent laisser infiltrer l’eau plus vite que la terre végétale importée.

Illustration - Sols reconstruits à Lil’Ô

À L’Île-Saint-Denis, l’eau s’infiltre jusqu’à cinq fois plus vite dans certains sols reconstruits que dans de la terre végétale importée. Ce résultat, présenté en octobre après cinq années d’expérimentation sur la friche Lil’Ô, bouscule une idée assez intuitive : pour retrouver un bon sol, il suffirait d’apporter de la bonne terre.

Car la terre végétale est une ressource que l’on prélève ailleurs, puis que l’on transporte par camion. Les chantiers urbains produisent aussi des déblais et des matériaux de démolition. Pourquoi ne pas utiliser ces derniers pour fabriquer des sols capables d’accueillir des plantes et des organismes vivants, tout en laissant l’eau de pluie s’infiltrer ?

Six façons de refaire de la terre

Sur 1 200 m² de l’ancienne friche industrielle de Lil’Ô, les chercheurs de l’IEES-Paris, le Département de la Seine-Saint-Denis et l’association Halage ont installé en 2020 une expérience baptisée RESTAUR’SOL.

Six types de sols sont comparés, chacun reproduit sur quatre parcelles. Certains conservent le terrain existant, décompacté ou enrichi en compost. D’autres utilisent des remblais inertes issus de la déconstruction, avec ou sans compost. Le sol de référence reçoit une couche de 30 centimètres de terre végétale importée.

Tous sont ensemencés avec des plantes de prairie. Les chercheurs suivent ensuite leur évolution : végétation, faune, matière organique, circulation de l’eau et polluants.

Le principe n’a pas été inventé à Lil’Ô. Dès 2018, une thèse menée avec le Département explorait le potentiel des déchets urbains pour construire des sols vivants. RESTAUR’SOL compare plusieurs formules sur une friche dégradée, avec cinq années de mesures.

Des sols fabriqués qui reprennent vie

Le bilan publié à l’occasion du Prix national du génie écologique 2026, dont RESTAUR’SOL est lauréat, révèle plusieurs résultats encourageants.

Les sols construits maintiennent mieux la diversité des espèces végétales semées. Des communautés variées d’organismes du sol les colonisent rapidement. Les apports de compost et le développement des plantes contribuent aussi à augmenter progressivement leurs stocks de matière organique.

Et l’eau s’y infiltre, dans les meilleurs cas observés, jusqu’à cinq fois plus vite que dans la terre végétale importée.

Ce dernier résultat est particulièrement intéressant en ville. Lorsqu’une pluie tombe sur une surface imperméable ou un terrain trop compacté, l’eau ruisselle. Un sol poreux lui permet au contraire de pénétrer dans la terre. Sa structure compte donc autant que son origine.

Le bilan public ne précise cependant pas quelle composition atteint cette performance maximale. Il s’agit d’un résultat expérimental sur la vitesse d’infiltration, pas d’une capacité de stockage de l’eau multipliée par cinq.

Un terrain d’essai pour les autres friches

L’expérience se déroule sur un site de 3,6 hectares longtemps utilisé pour stocker des matériaux de voirie et exercer des activités industrielles. Les sources concentrées de pollution avaient été retirées en 2017. Une étude sanitaire avait déjà jugé les futurs usages de parc compatibles avec l’état du site, sous certaines conditions d’aménagement, notamment l’apport de terre saine.

RESTAUR’SOL examine aussi le comportement des polluants dans les sols reconstruits, afin d’évaluer leur innocuité pour un usage public. Les résultats détaillés de ce suivi sanitaire ne figurent pas dans le bilan présenté en octobre.

Sur cette même friche, Halage produit déjà près de 100 000 fleurs par an. Mais les parcelles de RESTAUR’SOL servent à déterminer quelles compositions pourraient remplacer la terre végétale importée.

L’expérimentation se poursuit. À Lil’Ô, les chercheurs doivent encore établir si ces sols conservent leurs performances et s’ils peuvent être utilisés sans risque sanitaire, avant d’envisager leur emploi sur d’autres friches.

Sources consultées
  1. A-IGÉcoL’ingénierie pédologique pour la renaturation de friches industrielles en milieu urbain (93)
  2. Département de la Seine-Saint-DenisConvention de collaboration de recherche sur les sols du projet Lil’Ô, 6 mai 2021
  3. Département de la Seine-Saint-DenisRenouvellement de la convention de collaboration de recherche RESTAUR’SOL, 16 octobre 2025