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À L’Île-Saint-Denis, des fleurs poussent sur un sol qu’il a fallu reconstruire

Sur 3,6 hectares d’ancienne friche industrielle, Lil’Ô cultive près de 100 000 fleurs par an. Son prix 2026 soutient de nouveaux aménagements écologiques et l’accès au site.

Illustration - fleurs sur une ancienne friche

Au nord de L’Île-Saint-Denis, il a d’abord fallu refaire du sol avant de pouvoir cueillir des fleurs. Lil’Ô occupe 3,6 hectares d’une ancienne friche industrielle polluée où Fleurs d’Halage cultive aujourd’hui 6 000 m² de fleurs, feuillages et graminées. Environ un tiers pousse sous serre non chauffée et près de 100 000 fleurs sortent chaque année de la ferme pour rejoindre des fleuristes, des hôtels ou des musées franciliens.

Avant les fleurs, le terrain a reçu des remblais provenant notamment des transformations haussmanniennes de Paris, du dragage de la Seine puis de la construction du périphérique, avant d’accueillir des activités de voirie et de BTP. Il se trouve aujourd’hui entre le parc départemental, à l’est, et une pointe de l’île laissée à la renaturation spontanée, dans la zone Natura 2000. Depuis 2018, Halage l’occupe dans le cadre d’une convention décennale avec le Département de la Seine-Saint-Denis.

En 2018, Rustam Tsarukyan travaillait dans une équipe d’espaces verts d’Halage dans le cadre d’un parcours d’insertion. Passionné d’horticulture, il a proposé de faire pousser des fleurs sur les sols urbains. L’essai est devenu Fleurs d’Halage. Tsarukyan est désormais encadrant technique au Jardin du Curé, autre ferme de l’association sur l’île, tandis qu’à Lil’Ô un encadrant forme à son tour l’équipe qui cultive et récolte.

La contrainte du terrain a obligé les équipes à travailler la terre elle-même. Lil’Ô expérimente des « technosols », fabriqués à partir de terres inertes auxquelles sont ajoutés du compost et des matériaux de réemploi comme de la brique concassée ou du béton cellulaire. Sur le même site, une quarantaine de salariés en parcours d’insertion participent chaque année aux travaux de renaturation et d’aménagement. En 2025, plus de 3 000 personnes, dont plus de 1 000 scolaires, ont participé aux activités proposées sur place.

Le Prix Nature dans la ville 2026, attribué en juin à Lil’Ô par la Fondation Etrillard, apporte 30 000 francs suisses à la suite des aménagements. La dotation doit notamment contribuer au corridor écologique entre les espaces naturels voisins et à une meilleure accessibilité du site. Ces travaux ne commencent pas avec le prix : la Région Île-de-France avait déjà voté en 2024 une aide maximale de 160 584 euros pour des aménagements menés jusqu’à fin 2026.

La production florale donne à cette reconversion une dimension assez rare. Les Chambres d’agriculture estimaient, à partir de données de 2022, que 80 à 85 % des fleurs coupées achetées en France provenaient de l’étranger. À L’Île-Saint-Denis, une parcelle qui recevait autrefois les remblais de Paris et de la Seine produit désormais des bouquets. Et sous les fleurs, le chantier continue : il faut encore fabriquer, planter et entretenir le sol qui les porte.

Sources consultées
  1. Association HalageLil’Ô
  2. Fleurs d’HalageNotre histoire
  3. Fondation EtrillardLa Fondation Etrillard décerne son Prix « Nature dans la ville » 2026 à Lil’Ô
  4. Région Île-de-FranceRapport CP 2024-322, fiche projet Lil’Ô
  5. Chambres d’agriculture FranceQuels enjeux et perspectives pour la fleur coupée française