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Saint-Denis : au lycée Paul-Éluard, l’enquête sur l’intervention policière attise la grève

Plus de 80 personnels de Paul-Éluard ont voté une grève reconductible le 2 novembre. L'enquête administrative sur l'intervention policière du 15 octobre suscite elle-même la défiance.

Illustration - lycée Paul-Éluard à Saint-Denis

Au lycée Paul-Éluard de Saint-Denis, plus de 80 personnels ont voté lundi 2 novembre une grève reconductible jusqu’au départ du proviseur. Leur colère vise désormais aussi l’enquête administrative demandée par le ministère de l’Éducation nationale après l’intervention policière du 15 octobre. Une procédure destinée à établir les faits est devenue un nouveau motif de mobilisation.

Plus de 80 personnels, sur un effectif total d’environ 200, ont voté en faveur de la grève, selon leur communiqué repris par l’AFP. Les grévistes réclament le départ du chef d’établissement et des garanties écrites contre d’éventuelles sanctions visant les élèves et les personnels mobilisés.

Une intervention dont les responsabilités restent disputées

La mobilisation avait commencé en septembre. Des centaines de lycéens dénonçaient alors des classes surchargées, du matériel vétuste et des enseignants absents non remplacés. Le 15 octobre, le conflit a pris une autre dimension lorsque des policiers sont entrés dans l’établissement pour interpeller un élève.

Cette intervention avait provoqué une confrontation avec les personnels. Selon le procureur de Bobigny, les policiers recherchaient un adolescent soupçonné d’outrages et de violences devant le lycée. Des enseignants se sont interposés pour empêcher son arrestation, dénonçant à leur tour des violences policières.

Le rôle du proviseur cristallise depuis la colère. La préfecture de police avait affirmé que les agents étaient entrés avec son accord. L’académie de Créteil avait présenté les choses autrement à Libération : selon elle, en situation de flagrance, le proviseur ne pouvait s’opposer à l’entrée des forces de l’ordre.

Les deux explications ne donnent pas la même portée à sa décision. Les personnels mobilisés lui reprochent d’avoir facilité l’intervention policière. L’administration invoque, elle, les obligations de la direction face à une intervention judiciaire.

Une enquête qui peut établir les faits, mais aussi déboucher sur des sanctions

Le cabinet du ministre a saisi l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGÉSR) pour examiner les événements du 15 octobre. Sa mission annoncée est d’en reconstituer la chronologie et de déterminer le rôle des différents acteurs.

L’enquête administrative est distincte de l’enquête judiciaire ouverte par le parquet de Bobigny pour des violences présumées sur des policiers. Elle doit permettre au ministère d’apprécier les responsabilités au sein de l’institution scolaire.

Son issue n’est pourtant pas sans conséquences possibles. Le guide de l’IGÉSR publié en 2026 précise qu’une enquête administrative peut conduire à des recommandations sur le fonctionnement d’un établissement et, selon les faits constatés, à l’engagement de procédures disciplinaires. L’inspection ne prononce pas elle-même les sanctions.

C’est précisément cette possibilité qui inquiète les grévistes. Ils accusent leur hiérarchie de vouloir exercer une pression sur ceux qui se sont opposés à l’intervention policière. Rien n’établit toutefois que les personnels convoqués dans le cadre de l’enquête soient eux-mêmes menacés de sanctions.

L’enquête ne peut pas non plus résoudre toutes les revendications : les éventuelles poursuites judiciaires, dont les grévistes demandent l’abandon, relèvent du parquet.

Une mobilisation qui dépasse Saint-Denis

Mardi 3 novembre à 10 heures, la CGT Éduc’action 93 recensait onze lycées mobilisés, notamment à Aubervilliers, Noisy-le-Sec, Bondy, Montreuil et Aulnay-sous-Bois. Cette liste, présentée comme non exhaustive, ne mesure pas le nombre de cours effectivement interrompus.

À Paul-Éluard, des personnels sont convoqués mercredi 4 novembre à La Courneuve dans le cadre de l’enquête administrative. La CGT appelle à un rassemblement de soutien dès 8 h 30 devant les locaux de l’Éducation nationale, au 5 parvis Joséphine-Baker.

Sources consultées
  1. Le Figaro Étudiant avec AFPAu lycée Paul Éluard de Saint-Denis, le personnel en grève réclame le départ du proviseur
  2. LibérationMobilisation lycéenne : des professeurs dénoncent l’interpellation d’un élève au sein du lycée Paul-Eluard à Saint-Denis
  3. Ministère de l'Éducation nationale, IGÉSRLes enquêtes administratives susceptibles de suites disciplinaires, sixième édition, mai 2026
  4. CGT Éduc'action 93La mobilisation continue dans les lycées du 93
  5. CGT Éduc'action 93Rassemblement en soutien aux personnels du lycée Eluard