
Jeudi 15 octobre, des policiers en civil entrent dans le lycée Paul-Éluard, à Saint-Denis, pour interpeller un élève de seconde. L’adolescent se trouve dans le bureau du proviseur. Devant la porte du bureau, des enseignants et des surveillants se rassemblent, puis s’interposent. Les policiers repartent sans lui.
Quelques heures plus tard, les cours sont suspendus et les personnels réclament le départ du proviseur. Ce qui devait être une interpellation pour outrage présumé a provoqué une crise au sein d’un lycée déjà au cœur de la mobilisation nationale pour de meilleures conditions d’enseignement.
Une pancarte, une insulte, puis le bureau du proviseur
Tout commence vers midi, aux abords de Paul-Éluard, où près de 300 élèves sont rassemblés selon la préfecture de police.
Un adolescent de 16 ans brandit une pancarte : « On veut bâtir notre avenir, pas le subir ». Interrogé par RTL, il raconte qu’un policier la lui arrache. Il reconnaît avoir alors insulté l’agent avant de se réfugier dans son établissement.
Selon son témoignage, le proviseur le prend par le bras, le conduit dans son bureau, ferme la porte à clé et appelle la police. Des personnels mobilisés rapportent un déroulement similaire.
Des agents de la brigade anticriminalité (BAC) le rejoignent. L’adolescent précise qu’ils ne l’ont pas frappé et qu’il a accepté d’ouvrir son sac à leur demande.
À l’extérieur du bureau, des enseignants et des surveillants font barrage. Sur les vidéos diffusées, on voit des policiers en civil, dont l’un porte un brassard, face à des personnels qui scandent « Libérez notre élève ».
La confrontation dégénère. Des enseignants accusent les agents de les avoir frappés. La CGT Éduc’action 93 affirme notamment qu’un membre du personnel a été saisi à la gorge. Les policiers dénoncent de leur côté des violences commises par des enseignants et ont déposé plainte.
Le parquet de Bobigny a ouvert une enquête de flagrance pour violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique. Il fait état de trois interpellations pendant les événements, distinctes de celle tentée dans le bureau. La préfecture avait initialement annoncé quatre interpellations et signalé deux policiers blessés.
Que pouvait faire le proviseur ?
Un lycée n’est pas un lieu où la police serait juridiquement interdite d’entrée.
L’article R421-10 du Code de l’éducation confie au chef d’établissement la responsabilité de l’ordre et de la sécurité dans ses locaux. Un guide du ministère de l’Éducation nationale précise que la police peut intervenir à la demande de la direction ou dans le cadre d’une enquête judiciaire. Pour interpeller un élève, il recommande, dans la mesure du possible, une concertation sur le moment et le lieu de l’opération.
La préfecture affirme que les agents sont entrés avec l’accord du proviseur. Le rectorat de Créteil précise qu’ils lui avaient demandé l’accès et soutient qu’il ne pouvait pas le refuser dans une situation de flagrance.
Mais cette explication ne règle qu’une partie du conflit.
Les personnels reprochent surtout au chef d’établissement d’avoir fait venir l’élève dans son bureau et facilité la tentative d’interpellation. Le rectorat présente, lui, la démarche initiale comme une volonté d’isoler l’adolescent.
L’accord donné pour entrer dans le lycée ne permet donc pas, à lui seul, d’établir pourquoi l’élève a été conduit dans ce bureau ni dans quelles conditions il y a été retenu. Ces circonstances restent contestées.
Les personnels mobilisés dénoncent précisément le rôle qu’ils prêtent au proviseur dans cette tentative d’interpellation.
Un lycée déjà à bout
La mobilisation ne date pas du 15 octobre. Depuis plusieurs semaines, élèves et enseignants dénoncent leurs conditions d’étude : absences de professeurs, locaux dégradés, manque de personnels.
Le lycée compte environ 2 000 élèves. En janvier 2025, ses personnels avaient déjà exercé leur droit de retrait face à l’état des bâtiments. La Région chiffre à 43 millions d’euros sa rénovation énergétique. Sa fiche de rentrée classe encore l’opération « en études », tout en mentionnant des travaux lancés à l’été 2026.
Dans cet établissement, la police était déjà présente aux abords des mobilisations. L’intervention dans le bureau du proviseur a déplacé le conflit à l’intérieur même du lycée, entre des adultes qui exercent pourtant chacun une responsabilité envers les élèves.
Jeudi après-midi, enseignants, lycéens et sympathisants se sont rassemblés devant le commissariat de Saint-Denis, presque en face de Paul-Éluard. Ils réclament le départ du chef d’établissement.
Vendredi 16 octobre, le lycée reste fermé et les élèves suivent leurs cours à distance.
Sources consultées
- RTL« Il m'a arraché la pancarte » : un lycéen dénonce sur RTL l'intervention de la police dans son établissement
- Off InvestigationDeux policiers tentent d'interpeller un élève à l'intérieur d'un lycée à St Denis
- Actu17Saint-Denis : venus interpeller un élève dans un lycée, des policiers portent plainte contre des enseignants pour violences
- Le Monde'We ask for teachers, they send us police': This Paris suburb school has become a symbol of the protest movement
- Région Île-de-FranceRentrée des lycées 2026 : les travaux en Seine-Saint-Denis (93)
- Ministère de l'Éducation nationaleFaits ou situations d'insécurité dans les établissements scolaires ou à leurs abords - Questions/réponses