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Futerro : à Port-Jérôme II, la force du bassin industriel devient aussi sa contrainte

À Port-Jérôme II, la MRAe demande à Futerro de mieux mesurer les effets cumulés sur l’eau, les zones humides et le risque d’inondation.

Illustration - Bioraffinerie au bord de la Seine

La future bioraffinerie Futerro de Saint-Jean-de-Folleville doit occuper 27,1 hectares à Port-Jérôme II et produire chaque année 75 000 tonnes de PLA, un plastique biosourcé. L’investissement annoncé est d’environ 500 millions d’euros et Futerro vise une mise en service au plus tard en 2029. Le projet est encore en cours d’instruction pour son autorisation environnementale et son permis de construire.

Le 1er août, la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAe) a jugé l’étude d’impact « globalement de bonne qualité », tout en demandant plusieurs compléments. Son avis ne décide pas du sort de l’usine : il doit être pris en compte dans la décision d’autorisation, tout comme la consultation du public, et Futerro doit y apporter une réponse écrite rendue publique.

La MRAe demande surtout de mieux mesurer ce que Futerro ajoute aux autres projets de Port-Jérôme II. Le choix du site repose précisément sur l’écosystème industriel déjà installé. Quelque 150 000 tonnes de glucose issu du blé doivent arriver chaque année par une canalisation depuis l’usine voisine Tereos. Le site doit aussi se raccorder au gaz, à l’électricité, au réseau d’eau industrielle de Norville, au rail et à la Seine. La MRAe considère d’ailleurs que cette localisation est solidement argumentée.

Mais plusieurs nouvelles installations se développent dans le même espace. L’étude de Futerro examine notamment les projets Eastman-CEN et Air Liquide, ainsi que l’extension du terminal de Radicâtel. Futerro doit lui-même affecter environ 15 hectares de zones humides. Pour la MRAe, le dossier constate bien leur disparition progressive à l’échelle de Port-Jérôme II, mais ne mesure pas encore assez précisément l’effet combiné des différents projets sur leur fonctionnement, les continuités écologiques et l’efficacité des compensations prévues.

Cette addition se retrouve dans les besoins en eau. L’étude d’impact chiffre ceux de Futerro à 1,6 million de m³ d’eau industrielle par an, hors eau recyclée. Un système de refroidissement ouvert en représenterait à lui seul 1,1 million, avec une demande de dérogation à l’interdiction de ce type d’installation. La MRAe demande que des solutions moins consommatrices soient davantage étudiées.

Le terrain pose une autre limite. Environ 14 hectares doivent être remblayés pour protéger les installations des crues. Selon la modélisation du porteur de projet, ces remblais réduiraient d’environ un million de mètres cubes le volume pouvant accueillir les eaux de crue, sans compensation possible à proximité. L’étude teste principalement une élévation du niveau marin de 60 cm ; les services de l’État travaillent désormais, pour le futur plan de prévention du risque d’inondation, avec un scénario pouvant atteindre un mètre à l’horizon 2100. La MRAe demande donc de reprendre la démonstration avec cette hypothèse.

La consultation publique se poursuit jusqu’au 6 octobre. Les habitants peuvent encore déposer une observation sur le registre du projet. À Port-Jérôme II, les infrastructures se partagent depuis longtemps ; l’avis du 1er août demande que leurs contraintes soient désormais additionnées elles aussi.

Sources consultées
  1. MRAe NormandieAvis délégué n° 2026-18792 du 1er août 2026, création d’une usine de bioraffinerie à Saint-Jean-de-Folleville
  2. Registre Numérique / Préfecture de la Seine-MaritimeConsultation du public, projet de bioraffinerie à Saint-Jean-de-Folleville
  3. Commission nationale du débat publicRapport final de la concertation continue Futerro, juin 2026
  4. FuterroFuterro dépose officiellement ses demandes de permis pour sa future bioraffinerie à Port-Jérôme-sur-Seine