
Sous les falaises de Dollemard reposent au moins 400 000 m³ de matériaux déversés pendant la seconde moitié du XXe siècle. Le chantier engagé par la Ville du Havre n’en traitera pas la totalité : il cible 312 000 m³ susceptibles d’être progressivement repris par l’érosion et entraînés vers la Manche.
La stratégie consiste à intervenir là où les dépôts présentent un risque environnemental, et non à vider indistinctement toute l’ancienne décharge. Dans la zone centrale, presque entièrement exposée à l’érosion, les 205 000 m³ recensés doivent être traités. Au nord, le projet ne retient que 107 000 m³, soit environ 45 % des matériaux présents dans cette partie du site.
À Dollemard, les couches naturelles et les dépôts se sont entremêlés. La craie côtoie des couches argileuses sensibles à l’eau, qui favorisent les glissements et la formation de pentes végétalisées. Les gravats et les terres déversés depuis le plateau se sont ensuite mêlés à ces matériaux naturels. Les équipes travaillent donc sur des pentes instables, dans une masse hétérogène où se côtoient béton, briques, terres, plastiques, amiante et fractions polluées.
Le cas de la zone sud montre la limite physique de l’intervention. La Ville n’y prévoit pas de travaux à ce stade : les matériaux y sont considérés comme inertes, tandis que l’instabilité du talus rendrait leur terrassement périlleux, avec un risque de déséquilibre sans bénéfice environnemental identifié.
Même dans les zones traitées, tout ne quittera pas Dollemard. Les matériaux grossiers non polluants, comme certains blocs de béton ou de brique, peuvent être laissés sur place. Les fractions fines ou présentant un risque environnemental sont remontées vers la plateforme haute, lavées, analysées, valorisées lorsque cela est possible ou envoyées vers des filières spécialisées. Pendant la tranche ferme, environ 130 000 tonnes de matériaux valorisables doivent être remises en place.
Cette première tranche, consacrée à la zone centrale jusqu’en 2028, représente 37,3 millions d’euros : 22 millions apportés par l’État via l’Ademe, 12,2 millions par la Ville du Havre et 3,1 millions par la Région Normandie. Le traitement de la zone nord coûterait 15,7 millions supplémentaires, mais demeure soumis à l’obtention des financements nécessaires.
Le lancement de cette phase active avait été présenté en juin par La Clé Publique. Les nouvelles explications géologiques précisent désormais la logique du chantier : retirer ce qui pollue ou menace de rejoindre la mer, réemployer ce qui peut l’être et éviter qu’une dépollution trop brutale ne crée un autre problème sur la falaise.
La méthode répond aux contraintes du site, mais son financement ne couvre pas encore toute la zone à traiter. La partie centrale est en travaux ; la zone nord, qui représente plus de 100 000 m³ de matériaux érodables, reste suspendue à l’obtention des financements nécessaires. À Dollemard, le nettoyage ne se mesurera donc pas au vide laissé dans le talus, mais à la quantité de déchets que la mer ne pourra plus reprendre.
Sources consultées
- Ville du HavreDollemard : comprendre les falaises pour mieux traiter les anciennes décharges
- Ville du HavreNettoyage des anciennes décharges de Dollemard
- Ville du HavreDécharges de Dollemard : le nettoyage des falaises du Havre entre dans sa phase active
- DREAL NormandieDemande d’examen au cas par cas préalable à la réalisation éventuelle d’une évaluation environnementale