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À l’Esigelec, le nucléaire s’apprend avant le chantier

À Saint-Étienne-du-Rouvray, l’Esigelec ajoute plus de 230 heures d’ingénierie nucléaire à ses cursus dès 2026-2027.

Étudiants ingénieurs et centrale nucléaire

À Saint-Étienne-du-Rouvray, l’Esigelec renforce ses formations au nucléaire. Dès la rentrée 2026-2027, l’école annonce plus de 230 heures d’enseignements spécialisés en ingénierie nucléaire, réparties en neuf modules de 4e et 5e année, pour plus de 130 élèves ingénieurs chaque année.

Le mouvement est discret. Il dit pourtant une chose utile sur la Seine-Maritime industrielle : avant les réacteurs, il faut former les ingénieurs capables de travailler dans un secteur où l’électricité, le numérique, la robotique et la gestion de projet doivent être documentés, qualifiés et maintenus sur des temps longs. Après les logements, les routes et les hectares déjà visibles autour du Grand Chantier EPR2 de Penly, un autre chantier avance plus silencieusement, dans les programmes de cours.

L’Esigelec ne fabrique pas une école d’atomistes. C’est l’intérêt du mouvement. La filière nucléaire ne cherche pas seulement des spécialistes du cœur de réacteur. Elle a aussi besoin d’ingénieurs capables de faire tenir des automatismes, des systèmes électriques, des alternateurs, du contrôle-commande, de la sûreté de fonctionnement ou de la gestion d’énergie dans un univers très documenté, très contrôlé, où chaque modification doit pouvoir être justifiée, tracée et maintenue longtemps.

Les modules annoncés s’inscrivent dans le programme régional 3NC, pour Normandie Nucléaire, Nouvelles Compétences. À l’Esigelec, cette coloration nucléaire concerne quatre dominantes : digitalisation, automatisation, robotique et intelligence artificielle ; énergie et développement durable ; génie électrique et transport ; ingénierie d’affaires. Le détail est parlant. Dans la dominante génie électrique et transport, plus de 80 heures sont consacrées à la conversion d’énergie, au contrôle des alternateurs et à la gestion de l’énergie. Ce sont des enseignements appliqués à des machines et à des procédures qui ne pardonnent pas l’à-peu-près.

La raison locale tient en deux noms : Penly et Paluel. EDF annonce plus de 8 500 emplois mobilisés autour du projet EPR2 de Penly, dans des domaines qui dépassent largement le nucléaire pur : BTP, sécurité, transport, nettoyage, formation. À l’échelle nationale, France Travail et l’Université des Métiers du Nucléaire avancent 100 000 recrutements d’ici 2035, dont une majorité de profils techniques. Dans ce calendrier, la formation n’est pas un supplément sympathique. Elle devient une condition.

Le renforcement de l’Esigelec n’est donc pas une percée scientifique. C’est une adaptation ciblée d’une école d’ingénieurs déjà installée au Madrillet. L’école ajoute du nucléaire à des compétences qu’elle possède déjà : informatique industrielle, robotique, énergie, systèmes embarqués, génie électrique, conduite de projets complexes.

La limite reste simple : l’annonce ne dit pas encore quels stages, alternances ou recrutements suivront directement ces modules. Mais elle montre une bascule assez nette. En Seine-Maritime, la relance nucléaire ne se prépare pas seulement sur les emprises de Penly. Elle se prépare aussi dans des modules de 4e et 5e année, au Madrillet, là où l’on apprend à rendre une compétence d’ingénieur compatible avec le nucléaire.

Sources consultées
  1. ESIGELECL’ESIGELEC renforce son offre de formation pour accompagner les métiers du nucléaire
  2. Normandie Nucléaire, Nouvelles CompétencesDevenir ingénieur nucléaire : l’ESIGELEC booste ses formations
  3. Normandie Nucléaire, Nouvelles CompétencesLe projet 3NC
  4. EDFEPR2 Penly : un vivier d’emploi en Normandie
  5. France TravailLe nucléaire recrute : 100 000 talents recherchés d’ici à 2035