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À Penly, la relance nucléaire commence par des logements, des routes et des hectares

Le baromètre du Grand Chantier EPR2 chiffre déjà les effets locaux autour de Penly : salariés, logements, foncier, routes et services publics.

Illustration - chantier nucléaire et littoral

À Penly, les deux futurs EPR2 ne produiront pas avant l’horizon 2038. Pourtant, autour de Petit-Caux, Dieppe et du Tréport, le chantier existe déjà sous des formes très concrètes : des salariés à loger, des routes à préserver, des hectares à trouver, des entreprises à faire travailler, des médecins et des formations à installer.

Le baromètre socio-économique publié le 24 juin par EDF et l’État donne une mesure fraîche de cette bascule. À fin avril 2026, le site comptait 1 017 salariés présents en moyenne, avec près de 1 200 personnes au plus fort du mois. Depuis le lancement, 454 recrutements ont été réalisés en CDI, CDI de chantier ou CDD, dont 49 % en emploi local. Côté entreprises, EDF indique que 124,81 millions d’euros ont été réglés depuis 2020 à des établissements normands.

Le calendrier explique cette situation inhabituelle. Penly est la tête de série du programme français de six EPR2 prévus à Penly, Gravelines et Bugey, chiffré par EDF à 72,8 milliards d’euros 2020. Les travaux préparatoires ont commencé en juillet 2024, après les autorisations environnementales. Le premier béton nucléaire dépend d’une autre autorisation, celle de création, dont l’enquête publique s’est achevée au printemps 2026 avec un avis favorable assorti de réserves et recommandations. Le réacteur n’est donc pas là, mais son chantier territorial, lui, avance déjà.

Les terrassements, le reprofilage de la falaise et la plateforme en mer ont déjà été détaillés dans un précédent article sur les préparatifs de Penly. La nouvelle publication montre davantage la logistique autour du site : où dormiront les salariés, par où ils circuleront, quelle part de foncier sera prise, et quels équipements resteront utiles aux habitants.

Le logement concentre le problème. Au pic d’activité, le chantier doit pouvoir accueillir une partie des 10 000 salariés attendus. L’objectif affiché est de créer 6 000 places nouvelles dans un rayon d’environ 30 kilomètres, pour éviter de ponctionner trop brutalement le logement local ou l’offre touristique. À début juin 2026, 5 293 places étaient programmées et 897 déjà disponibles. À Belleville-sur-Mer, quatre bâtiments temporaires de 120 studios chacun sont préparés pour une livraison prévue à l’été 2027. À Dieppe, sur la friche Gondrand de la ZAC Sud, une résidence de 150 chambres vient de démarrer près de la gare.

Le foncier donne l’autre limite. Le Grand Chantier identifie désormais 81,3 hectares pour ses aménagements, contre une estimation initiale de 150 hectares. La moitié environ évite le foncier agricole définitif : 43 % sur des friches ou espaces déjà destinés à l’artificialisation, 40 % sur du foncier agricole présenté comme temporaire et réversible. Mais 15 % des aménagements doivent tout de même être réalisés de manière définitive sur des terres agricoles.

La mobilité suit la même logique d’organisation. Les services de l’État prévoient trois grands parkings relais, pour 4 800 places au total, dans les trois intercommunalités concernées, avec des navettes vers le site afin de limiter le trafic sur la RD 925 entre Dieppe, Penly et Le Tréport. Autrement dit, le chantier ne se contente pas d’employer : il fabrique ses propres flux.

Certains équipements pourront rester utiles après la phase la plus intense du chantier. Près de 50 projets sont accompagnés pour 47 millions d’euros, dont 23 déjà réalisés. Les financements identifiés vont d’abord vers la santé, puis les équipements et les infrastructures. Le baromètre cite le centre de santé intercommunal de Dieppe-Maritime, qui doit pouvoir accueillir jusqu’à 13 médecins et plusieurs paramédicaux, l’extension de la maison de santé des Grandes-Ventes, des locaux périscolaires et un restaurant scolaire à Petit-Caux, ou encore un multi-accueil petite enfance porté de 44 à 70 places.

Ces chiffres restent ceux d’un dispositif coédité par EDF et l’État. Ils ne mesurent pas encore l’effet réel sur les loyers, la circulation ou l’accès aux soins ; ils disent ce qui est programmé, financé ou livré. À Dieppe, cette opération d’accueil commence près de la gare, par une résidence de 150 chambres pour les salariés en mobilité.

Sources consultées
  1. EDF / Préfecture de NormandieBaromètre Grand Chantier EPR2 Penly n°4, juin 2026
  2. EDF EPR2 PenlyBaromètre socio-économique EPR2 de Penly : un outil pour comprendre un projet et mesurer ses impacts
  3. Préfecture de NormandieLe projet d’EPR2
  4. Préfecture de NormandieLes aménagements
  5. info.gouv.frSéquence règlementaire et début des travaux préparatoires du projet Penly