Stériliser un dispositif médical, ce n’est pas seulement le rendre propre. Il faut éliminer les microbes sans abîmer l’objet, sans déformer les matières sensibles, sans compliquer encore la vie des fabricants. C’est dans cette zone peu spectaculaire, mais décisive, qu’Aurora essaie de se faire une place depuis Rouen.
La medtech, installée boulevard de l’Yser, vient d’obtenir 10,8 millions d’euros sous forme de subvention et d’avance remboursable dans le cadre du programme européen Tech4Cure, opéré par Bpifrance. L’argent doit l’aider à accélérer une technologie de stérilisation à froid par plasma, utilisant des gaz issus de l’air, pour des dispositifs médicaux à usage unique.
Le montant attire l’œil. Il ne suffit pas à dire ce qui changera. Pour Aurora, fondée en 2019, l’enjeu est de passer du procédé prometteur à l’usage industriel : intéresser des fabricants, tenir les contraintes réglementaires, prouver que la solution fonctionne autrement que dans une plaquette ou un démonstrateur.
Rouen entre ici vraiment dans l’histoire. La ville dispose déjà d’un environnement santé, avec le CHU, l’université, des laboratoires et Rouen Innovation Santé. Une entreprise comme Aurora teste la solidité de cet écosystème à l’endroit le plus concret : peut-il aider une innovation médicale à grandir, recruter et garder une part de sa valeur sur place au moment de l’industrialisation ?
Le financement européen place Aurora dans Tech4Cure, un projet consacré aux dispositifs médicaux innovants et soutenu à l’échelle de plusieurs pays. Cela donne de la crédibilité. Cela ne règle pas tout. On ne sait pas encore combien d’emplois rouennais seront directement concernés, quelle part de la production se fera en Normandie, ni à quelle vitesse les industriels adopteront cette technologie.
La suite sera donc moins brillante qu’une annonce de financement, mais plus utile à suivre : les premiers clients, les étapes industrielles, les recrutements, les preuves. Dans la medtech comme ailleurs, 10,8 millions d’euros ouvrent une porte. Ils ne stérilisent pas les doutes.