Entre les quais du Havre, les axes de Rouen, les sites industriels de la vallée de la Seine et les plateaux agricoles du pays de Caux, la pollution de l’air ne raconte pas la même histoire. Le nouvel inventaire publié par Atmo Normandie aide justement à remettre chaque source à sa place.
Son intérêt n’est pas de dire si l’air est bon ou mauvais aujourd’hui. Pour cela, il existe des mesures et des prévisions de qualité de l’air. Un inventaire d’émissions regarde autre chose: ce qui est rejeté par les transports, le chauffage, l’agriculture, l’industrie ou d’autres activités, sur un territoire donné et une année donnée.
La nuance est simple, mais elle change tout. Une émission, c’est ce qui sort d’un pot d’échappement, d’une cheminée, d’un site industriel ou d’un sol travaillé. La pollution respirée dépend ensuite de la météo, du vent, du relief, de la dispersion, des réactions chimiques et des lieux où vivent les habitants. L’inventaire ne remplace donc pas les capteurs. Il donne plutôt la carte des robinets.
Atmo publie ici l’inventaire 2023 des émissions polluantes, après collecte, calcul et analyse des données. La série permet de suivre plus de dix ans d’évolution et porte notamment sur les oxydes d’azote, les particules PM10 et PM2,5, le dioxyde de soufre, l’ammoniac, les composés organiques volatils et les gaz à effet de serre.
À l’échelle de la Normandie, Atmo indique par exemple que les particules PM10 viennent d’abord de l’agriculture, souvent par le travail du sol; que les particules plus fines, les PM2,5, sont surtout liées au résidentiel, notamment au chauffage au bois; et que les oxydes d’azote proviennent principalement de la route, puis des transports non routiers.
Pour un lecteur de Seine-Maritime, ces moyennes régionales ne suffisent pas. Le Havre ne se lit pas comme Dieppe, Rouen ne se lit pas comme une commune agricole du pays de Caux, et la vallée de la Seine cumule des enjeux industriels, portuaires, routiers et urbains que l’on ne retrouve pas partout avec la même intensité.
L’inventaire peut alors servir aux collectivités comme aux habitants. Il permet de vérifier si les plans d’action visent les bonnes sources: moins de trajets polluants là où la route domine, moins de particules là où le chauffage résidentiel pèse, un suivi industriel adapté là où certains rejets sont concentrés. Le Plan de protection de l’atmosphère de la vallée de la Seine, approuvé fin 2023, couvre justement Rouen, Le Havre et plusieurs intercommunalités voisines, avec des actions sur les transports, l’industrie, les ports, la logistique, le résidentiel et l’agriculture.
La prudence reste indispensable. L’outil d’Atmo suit une méthode nationale et ne compte pas tout. Les émissions importées ne sont pas prises en compte. Pour les polluants atmosphériques, le transport maritime international est également exclu. Dans un département portuaire, ce n’est pas un détail à oublier au moment de tirer des conclusions trop rapides.
Le bon usage de cet inventaire n’est donc pas de chercher un coupable unique. Il est de poser les bonnes questions: quel polluant regarde-t-on, sur quel territoire, avec quelles sources incluses, et pour quelle décision locale?
La Seine-Maritime n’a pas une pollution de l’air. Elle en a plusieurs lectures possibles. Le nouvel inventaire ne donne pas la météo de ce que l’on respire. Il aide à savoir d’où viennent les émissions avant de choisir les bons leviers.
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