Au Havre, les grues ne sont jamais très loin des salles de cours. C’est ce qui donne un relief particulier à l’école d’été européenne que l’Université Le Havre Normandie accueillera du 15 au 19 juin 2026, avec un premier module en ligne prévu le 1er juin.
Trente étudiants sont attendus pour cette International Summer School “Ports of the Future”. Le format reste modeste: une semaine intensive, en anglais, avec des crédits universitaires européens, des cours, des ateliers, des travaux de groupe et une visite du port avec Haropa Port. Mais le choix du Havre n’a rien d’anodin. Ici, le port n’est pas un cas d’étude lointain. Il est dans le paysage, dans l’économie locale, dans les métiers et dans les arbitrages de la ville.
Le programme annoncé évite le folklore portuaire. Il met surtout trois familles de questions sur la table: la circulation des données et l’intelligence artificielle, l’adaptation climatique et énergétique, et la sécurité d’espaces devenus stratégiques. S’y ajoutent des approches plus urbaines et sociales, autour des relations entre le port, la ville et les acteurs locaux. En clair: comment faire fonctionner un grand port dans un monde plus instable, plus numérisé, plus surveillé et plus contraint par l’environnement?
Pour la Seine-Maritime, l’enjeu est moins symbolique qu’il n’y paraît. Les ports ne se transforment pas seulement avec des quais, des terminaux et des investissements. Ils changent aussi avec des profils capables de parler plusieurs langues professionnelles à la fois: logistique, droit, énergie, données, sûreté, environnement, aménagement. C’est précisément le type de croisement que ce genre de formation essaie de provoquer.
Les chiffres rappellent l’échelle locale du sujet. Haropa Port a annoncé pour 2025 un trafic maritime de 84,7 millions de tonnes et un record de 3,2 millions de conteneurs équivalent vingt pieds sur l’axe Seine. L’Insee estimait, fin 2021, que les complexes industrialo-portuaires du Havre et de Rouen employaient plus de 46 000 salariés, dont près de 30 000 au Havre. Derrière “le port”, il y a des dockers, des entrepôts, des services aux navires, du transport terrestre, des bureaux de planification, des systèmes informatiques, des équipes de maintenance et toute une économie qui ne tient pas seulement aux images de portiques.
Cette école d’été s’inscrit dans une stratégie plus large de l’université havraise. Le Campus Polytechnique des Territoires Maritimes et Portuaires, inauguré début 2025, vise à rapprocher enseignement supérieur, recherche, collectivités et acteurs économiques autour des sujets maritimes, industriels et portuaires. Le projet PolyCampus LH 2030, soutenu dans le cadre des investissements d’avenir, poursuit la même idée: faire du bassin havrais un lieu où l’on forme aussi les compétences nécessaires aux transitions du territoire.
Il ne faut pas prêter à une semaine d’été plus de pouvoir qu’elle n’en a. Elle ne réglera ni les besoins de recrutement, ni l’attractivité des métiers portuaires, ni la concurrence entre grandes places maritimes européennes. Mais elle indique une direction utile: au Havre, le port peut servir de terrain d’apprentissage autant que de moteur économique.
Cette logique rejoint un mouvement déjà visible en Seine-Maritime, où la formation devient un outil de développement local, notamment dans les filières industrielles et énergétiques, comme nous l’écrivions récemment dans un article sur la formation industrielle en Normandie.
Le vrai intérêt de ce rendez-vous tient peut-être à sa simplicité. Pour étudier les ports du futur, les étudiants n’auront pas besoin de commencer par une carte du monde. Au Havre, le sujet est déjà là, au bout de la rue.