Sur la cale de La Bouille ou de Sahurs, le bac n’a rien d’un grand événement. La rampe descend, voitures, vélos et piétons embarquent, la Seine se traverse en quelques minutes, puis chacun repart. Quand tout fonctionne, le service se fait presque oublier. C’est sa meilleure qualité.
Derrière ces traversées ordinaires, le renouvellement de la flotte avance. Le Département de la Seine-Maritime a confié au bureau d’études nantais Mauric une mission d’assistance à maîtrise d’ouvrage pour préparer trois nouveaux navires rouliers à passagers. Ce n’est pas encore le chantier naval, mais l’étape qui permet de cadrer la construction.
Le marché, conclu le 11 mai, concerne un bac maritime, le futur bac 27, et deux bacs fluviaux, les bacs 28 et 29. Les trois sont prévus comme navires amphidromes: ils peuvent fonctionner dans les deux sens, sans devoir se retourner à chaque traversée. Pour un bac, ce n’est pas un détail de vocabulaire. C’est ce qui permet d’enchaîner les allers-retours entre deux cales sans transformer chaque passage en manœuvre de port.
Ces futurs navires devront pouvoir utiliser du gazole pêche, du HVO, ou un mélange des deux. Le HVO, pour huile végétale hydrotraitée, est un carburant de substitution issu de biomasse, notamment d’huiles ou de graisses, utilisable dans des moteurs diesel adaptés. Il peut réduire les émissions par rapport au gazole fossile, mais son intérêt réel dépend des matières premières, de l’approvisionnement et du coût. Autrement dit: moins de carbone possible, pas de miracle énergétique.
La Seine-Maritime compte huit lignes de bacs entre Canteleu-Dieppedalle et Quillebeuf-sur-Seine. Elles relient notamment Dieppedalle et Grand-Quevilly, Val-de-la-Haye et Petit-Couronne, La Bouille et Sahurs, Duclair et Berville, Jumièges et Heurteauville, ou encore Quillebeuf et Port-Jérôme. Selon l’Observatoire normand des déplacements, le service repose sur huit bacs, plus deux de secours, environ 130 agents, plus de 12 millions d’euros de budget annuel, 3,2 millions de véhicules et 10 millions de personnes transportés par an.
Ces chiffres rappellent que les bacs ne sont pas seulement une image de bord de Seine. Ils évitent des détours, absorbent des trajets domicile-travail, rendent service aux entreprises locales, aux habitants, aux cyclistes et aux visiteurs. Leur gratuité les rend discrets; leur absence, elle, se remarque vite.
Le renouvellement n’efface pas l’autre travail: maintenir les bacs actuels en service. Le Département a aussi sécurisé des marchés pour des moteurs, pièces détachées et interventions sur la flotte existante. Les arrêts techniques, comme celui du bac 24 à Quillebeuf-sur-Seine en 2025 pour inspection réglementaire, montrent bien la fragilité pratique d’un service que l’on utilise parfois comme une portion de route.
Sur les cales, rien ne changera du jour au lendemain. Aucun calendrier de mise en service ne doit être lu trop vite. Mais le signal est clair: les bacs de Seine se préparent à changer de génération, avec des bateaux conçus pour continuer à faire ce qu’on leur demande depuis des années: traverser, revenir, recommencer, et si possible ne pas faire parler d’eux.