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Au Havre, Hipli change de mains sans disparaître

Liquidé fin 2025, le pionnier havrais du colis réutilisable voit ses actifs repris par l’italien Movopack.

Colis réutilisable au Havre

Au départ, ce n’est qu’un emballage qu’on ne jette pas. Il accompagne une commande, arrive chez un client, doit revenir, être identifié, remis en état si besoin, puis repartir. Toute la promesse du colis réutilisable tient dans ce retour. Sans lui, il reste surtout un emballage plus cher qu’un carton.

C’est cette promesse que Movopack vient récupérer au Havre. La PME italienne, basée à Milan et spécialisée dans les emballages réemployables pour le commerce en ligne, le retail et la logistique, reprend les actifs d’Hipli, entreprise havraise liquidée fin 2025. L’opération porte notamment sur la marque, la propriété intellectuelle, les actifs opérationnels, l’infrastructure et les stocks. Le montant n’a pas été rendu public.

La nuance compte. Movopack ne reprend pas, à ce stade, une entreprise remise debout avec ses salariés et ses locaux garantis. Elle rachète ce qui peut encore servir : une marque connue dans ce petit marché, des emballages déjà conçus, des outils, des clients, une expérience de terrain. Hipli avait été placée en liquidation judiciaire le 5 décembre 2025 par le tribunal du Havre, après une cessation des paiements fixée au 25 novembre. La société, installée rue Victor-Hugo, employait 17 salariés selon La Gazette Normandie au moment de sa chute.

La jeune pousse havraise n’était pas une coquille vide. Elle revendiquait plus de 350 marques clientes et un colis conçu pour être réutilisé jusqu’à 100 fois. Elle avait testé ses solutions avec de grands acteurs, dont La Poste et Amazon, et commencé à se développer hors de France. Mais le réemploi ne se gagne pas seulement avec une bonne idée. Il faut assez de volumes, assez de retours, des coûts logistiques supportables et des clients prêts à modifier leurs habitudes.

C’est probablement là que l’affaire devient intéressante pour Le Havre. Dans une ville de flux, de quais, d’entrepôts et de transport, le colis réutilisable ne relève pas seulement du geste écologique. Il dépend d’une organisation très concrète : où revient l’emballage, qui le prend en charge, combien de fois il circule, combien coûte chaque détour. Dans l’économie circulaire, l’idée ne suffit pas longtemps si les retours coûtent trop cher ou reviennent trop rarement.

Movopack affirme vouloir accompagner les clients existants pendant une période de transition, s’appuyer sur l’infrastructure havraise et prendre en charge les emballages Hipli déjà en circulation. L’entreprise italienne arrive avec son propre modèle, déjà déployé en Italie et au Royaume-Uni, et cherche à entrer plus franchement sur le marché français sans repartir de zéro.

Le contexte laisse de la place au réemploi, sans garantir son succès. La France livre environ 1,5 milliard de colis par an, tandis que le commerce en ligne continue de progresser. En face, le réemploi des emballages reste encore marginal : l’Ademe l’estimait à 1,82 % en 2024, tous emballages confondus, alors que la loi vise 10 % d’emballages réemployés en 2027. Entre ces deux chiffres, il y a tout le problème : beaucoup de colis, peu de boucles réellement installées.

Cette reprise fait écho, sans se confondre avec elle, à la récente reprise de Towt au Havre. Dans les deux cas, une entreprise havraise liée à la transition tombe, puis laisse derrière elle quelque chose que d’autres jugent encore exploitable. Mais Hipli raconte une question plus discrète : que vaut une idée écologique quand la première société qui l’a portée n’a pas trouvé son équilibre ?

La reprise par Movopack apporte une réponse encore prudente. Tout n’a pas été sauvé, et tout n’est pas garanti au Havre. Mais le colis Hipli n’a pas disparu avec la société qui l’avait lancé. Il change de mains, et son avenir dépend désormais d’une chose très simple à formuler, plus difficile à réussir : revenir assez souvent pour valoir mieux qu’un emballage jetable.