Anemos et Artemis peuvent reprendre la mer. Pour Towt, c’est l’image qui rassure : deux cargos à voile, une ligne entre Fécamp et le Brésil, et une entreprise havraise qui échappe à la disparition. Mais derrière les voiles, le vrai sujet est plus simple et plus exigeant : remplir les navires, tenir les rotations, convaincre les chargeurs et payer les équipes.
Le 7 mai, le tribunal des activités économiques du Havre a validé l’offre de reprise du pionnier du transport maritime vélique, placé en liquidation judiciaire au printemps. L’activité se poursuit sous le nom New Towt, avec Karl Sement à sa tête et un tour de table où figurent notamment RES, lié au Crédit Mutuel, Ceres, Après Demain et Kefen.
La reprise sauve l’essentiel, pas l’ancien récit en bloc. Les chiffres disponibles évoquent une quarantaine de postes conservés sur un effectif initial d’un peu moins de cinquante. Les deux navires, Anemos et Artemis, restent au cœur du projet. Le cap commercial se resserre sur la ligne Fécamp-São Sebastião, au Brésil, avec plusieurs rotations envisagées en 2026 et une capacité annoncée de 1 200 tonnes par navire.
La suite se jouera sur cette ligne. Le transport à la voile attire parce qu’il rend visible une promesse difficile à incarner dans le maritime : réduire fortement l’empreinte carbone du fret sans renoncer aux échanges. Mais une promesse écologique ne suffit pas à faire une entreprise. Il faut des clients réguliers, des cargaisons adaptées, des ports qui suivent et un prix que les chargeurs acceptent de payer.
Pour la Seine-Maritime, l’enjeu n’est pas anecdotique. Le Havre conserve le siège et l’identité d’un acteur très identifié de la transition maritime. Fécamp devient le point d’appui concret de la ligne transatlantique. À côté des grandes routes portuaires plus classiques, comme la liaison Le Havre-Göteborg de CMA CGM, Towt représente une autre échelle : plus fragile, plus expérimentale, mais directement liée aux choix de transport de quelques chargeurs identifiables.
La reprise ne transforme donc pas Towt en succès acquis. Elle remet l’entreprise en activité, avec deux navires, une route précise et des partenaires financiers qui lui redonnent du temps. Pour Le Havre et Fécamp, c’est déjà une sortie utile de la chronique judiciaire. Reste maintenant le plus décisif : moins de symbole, plus d’exploitation régulière.