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En Seine-Maritime, l’industrie se prépare aussi dans les salles de formation

Entre Le Havre et Penly, la Normandie équipe ses formations industrielles pour répondre au nucléaire et aux tensions de recrutement.

Illustration - formation industrielle en atelier

Une boîte à gants, c’est d’abord une paroi transparente, deux gants fixés dans la matière, et des gestes appris sans contact direct. Un objet technique, presque austère. Mais dans le marché publié par la Région Normandie pour le projet 3NC, il dit quelque chose de très simple: les compétences industrielles s’achètent aussi en matériel pédagogique.

La consultation porte sur l’acquisition, la livraison, l’installation, la mise en service et la formation à l’usage de boîtes à gants pour trois lycées normands. Le cadre est celui de 3NC, pour “Normandie Nucléaire, Nouvelles Compétences”, un programme régional destiné à adapter les formations aux besoins de la filière nucléaire.

En Seine-Maritime, le sujet n’est pas abstrait. Avec l’EPR2 de Penly, les besoins ne portent pas seulement sur des ingénieurs ou des grands contrats. Ils touchent aussi des gestes de chantier, de maintenance, de contrôle, de radioprotection, de chaudronnerie, de sécurité. Des métiers parfois très concrets, très qualifiés, mais pas toujours visibles pour un lycéen, un étudiant ou un adulte en reconversion.

C’est là que Le Havre entre dans l’image. Le 30 avril, l’Université Le Havre Normandie a organisé une journée immersive pour découvrir les métiers de l’industrie, avec l’UFR Sciences et Techniques et l’Espace Orientation Insertion. Réalité virtuelle, impression 3D, mises en situation, échanges sur les parcours: rien de spectaculaire pris isolément. Mais ce sont souvent ces dispositifs modestes qui rendent un métier imaginable.

L’industrie ne recrute pas seulement en publiant des offres. Elle recrute aussi en donnant à voir. Une machine, un atelier, une démonstration, une discussion avec quelqu’un qui connaît le terrain peuvent faire plus qu’un discours sur les “filières d’avenir”. Pour beaucoup de jeunes, le premier obstacle n’est pas toujours le niveau scolaire ou la motivation. C’est parfois de ne pas savoir nommer les métiers possibles.

Derrière ces ateliers et ces équipements, il y a aussi un marché du travail sous tension. France Travail recense 34 897 projets de recrutement en Seine-Maritime pour 2026, soit 35 % des intentions d’embauche normandes. À l’échelle régionale, les ouvriers de l’industrie représentent 11 553 projets. Pour le nucléaire, la tension est nationale: la filière dit chercher 100 000 nouveaux talents d’ici 2035, dont une grande partie à des niveaux allant du CAP au bac +3.

Penly ne résume donc pas le sujet. Le chantier pèse, bien sûr. Mais la question dépasse le site lui-même. Elle concerne les lycées techniques, les universités, les écoles d’ingénieurs, les organismes de formation, les entreprises havraises, rouennaises, dieppoises et les sous-traitants qui devront trouver des profils capables d’apprendre vite, de tenir des procédures et de travailler dans des environnements exigeants.

La Normandie part avec un avantage: elle connaît déjà la culture industrielle. Ports, énergie, logistique, mécanique, maintenance, enseignement supérieur, lycées professionnels: les pièces existent. L’enjeu est de mieux les relier, sans laisser l’orientation d’un côté, les formations de l’autre, et les besoins des entreprises au bout de la chaîne.

Une boîte à gants dans un lycée ne fera pas une filière à elle seule. Une journée immersive au Havre ne réglera pas les tensions de recrutement. Mais prises ensemble, ces initiatives rappellent une chose concrète: avant de remplir les ateliers et les chantiers, il faut remplir les salles de formation.