Quand les travaux ont traversé la rue de la Marne, à Saint-Aubin-lès-Elbeuf, il ne s’agissait pas seulement de refaire une chaussée. Une partie du futur chauffage de quartier passait déjà sous les pieds des riverains. Dans le secteur Arts-Fleurs-Feugrais, près de 2 km de canalisations ont été posés par anticipation, avant même le lancement complet du réseau.
Le projet franchit maintenant une étape plus concrète. La Métropole Rouen Normandie a publié le 7 mai le marché chargé de concevoir, construire, exploiter et entretenir le futur réseau de chaleur de Cléon-Saint-Aubin-lès-Elbeuf. Les candidatures sont attendues jusqu’au 29 juin. Le contrat est estimé à 46,47 millions d’euros hors taxes et doit courir jusqu’au 31 août 2038.
Cette somme ne finance pas seulement des travaux. Elle engage un service de chaleur collective sur plusieurs années, avec ses choix techniques, ses abonnés, ses tarifs, ses travaux de voirie et sa maintenance. C’est ce qui rend le sujet plus concret qu’un simple intitulé de marché public.
L’idée n’est pas nouvelle. Une étude de 2021 avait conclu à la faisabilité d’un réseau d’environ 13 km, capable de livrer autour de 20 GWh de chaleur par an. La mise en service est visée pour 2029. Entre-temps, le scénario énergétique a changé. La solution initiale devait s’appuyer sur une chaufferie biomasse portée par Euroapi, à Saint-Aubin-lès-Elbeuf. Après l’abandon de ce projet fin 2024, la Métropole a recomposé le système.
Le réseau devrait désormais utiliser plusieurs sources: récupération de chaleur sur les eaux usées de la station d’épuration, pompes à chaleur, biomasse en complément, gaz en appoint et en secours. L’objectif annoncé est de dépasser 85 % d’énergies renouvelables ou de récupération.
Ce détail est central. Le projet ne consiste pas seulement à remplacer des chaudières isolées par une grande chaudière commune. Il cherche aussi à capter une chaleur déjà présente dans le territoire, notamment dans les eaux usées, puis à la distribuer à des bâtiments raccordés. C’est une transition énergétique très matérielle: des sous-stations, des canalisations, des contrats de service et des engagements à tenir.
Le marché prévoit trois branches principales. L’une irait vers le nord-est de Cléon, au nord de la RD7. Une autre vers le sud-est de Cléon, notamment le centre hospitalier intercommunal. Une troisième partirait vers l’ouest, en direction de Saint-Aubin-lès-Elbeuf. Une option prévoit aussi une antenne vers Hypertac, à Saint-Aubin.
Pour les habitants, la question ne sera pas seulement de savoir si la chaleur est moins carbonée. Elle sera aussi de savoir où passent les travaux, quels bâtiments sont réellement raccordés, comment le prix est construit, et si le service tient ses promesses dans la durée. Un réseau de chaleur ne garantit pas, à lui seul, une baisse des factures. Il change surtout l’échelle de la décision: le chauffage devient une infrastructure commune, avec des obligations collectives et des points de vigilance très quotidiens.
À l’échelle nationale, les réseaux de chaleur progressent. La France en comptait 1 041 en 2024, pour près de 7 944 km de canalisations et 28,3 TWh livrés aux usagers. À Cléon et Saint-Aubin-lès-Elbeuf, ces chiffres prennent une forme simple: des rues à ouvrir au bon moment, des bâtiments à raccorder, une chaleur à produire autrement, et un service public local qui devra se juger au prix, à la régularité et à la qualité du chauffage livré.