Rue de Bapeaume, à l’ouest de Rouen, le Cailly se devine plus qu’il ne se voit. La rivière passe sous les voies, les ouvrages, les emprises techniques, dans un morceau de vallée où l’eau a fini par disparaître du regard.
Cette rivière cachée doit bientôt retrouver l’air libre. Un marché public publié le 9 mai lance les travaux de réouverture du Cailly sur les communes de Rouen et de Déville-lès-Rouen. Le maître d’ouvrage, le Syndicat des bassins versants Cailly-Aubette-Robec, cherche une entreprise pour créer un nouveau bras de cours d’eau et les ouvrages de franchissement associés.
Les offres sont attendues jusqu’au 8 juin. Le démarrage prévisionnel indiqué dans le marché est fixé au 1er avril 2027, pour une durée estimée de 22 mois.
Derrière le mot “réouverture”, les travaux annoncés sont très matériels. Les documents environnementaux évoquent 500 à 600 mètres de rivière remis à ciel ouvert, environ 32 000 m³ de déblais, un franchissement de 15 mètres rue de Bapeaume et un autre de 70 mètres sous l’avenue du Commandant-Bicheray, réalisé avec un micro-tunnelier.
Il faudra recréer un lit, reprendre des berges, apporter des matériaux dans le fond du cours d’eau, gérer les déblais, composer avec les réseaux, la voie ferrée, le viaduc des Barrières du Havre et les usages déjà présents. Pour les habitants, le changement devrait donc se lire à la fois dans le chantier, les circulations, les berges et la manière dont ce secteur laisse à nouveau voir la rivière.
Le chantier ne se limite pas au paysage. Le Cailly n’est pas un simple élément de décor. Son bassin versant pèse dans la gestion des pluies, des ruissellements et des crues au nord de Rouen. La décision environnementale prise par la préfecture de région en février 2025 indique que le nouveau bras doit permettre une meilleure répartition des débits. Il est conçu pour absorber une crue qui peut revenir, en moyenne, tous les vingt ans. Le même document mentionne un effet positif attendu sur le risque d’inondation, avec 20 hectares qui ne seraient plus exposés grâce aux aménagements.
La réouverture doit aussi rétablir un morceau de continuité écologique. Le schéma d’aménagement et de gestion des eaux Cailly-Aubette-Robec rappelle qu’au droit du Marché d’intérêt national de Rouen, le Cailly est busé sur plus de 500 mètres. Cette section enterrée coupe la liaison entre la rivière et la Seine, notamment pour les poissons migrateurs.
Le sens du chantier devient assez simple: sortir le cours d’eau de son rôle de conduite souterraine, sans prétendre transformer tout le quartier d’un coup. Le secteur reste contraint. La décision environnementale signale des zones humides ou prédisposées à l’être, des périodes sensibles pour la faune, une déviation prévue lors de l’intervention rue de Bapeaume et des autorisations encore nécessaires.
Mais le mouvement est net. Dans la vallée du Cailly, la Métropole Rouen Normandie porte aussi le projet de “Balade du Cailly”, une promenade à pied et à vélo de 14 km entre Malaunay et les bords de Seine, en passant par Le Houlme, Notre-Dame-de-Bondeville, Maromme, Canteleu et Déville-lès-Rouen. La réouverture de la rivière n’est pas ce projet à elle seule, mais elle s’inscrit dans la même idée: retrouver un fil lisible entre l’eau, les quartiers et les déplacements du quotidien.
À Rouen et Déville-lès-Rouen, le Cailly ne redeviendra pas soudain une rivière de carte postale. Le chantier annoncé est technique, situé, encadré. S’il va au bout, il changera pourtant quelque chose de très concret: sur ce tronçon, la rivière ne sera plus seulement un nom de vallée ou un ouvrage enterré. Elle redeviendra un cours d’eau que l’on voit.