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Boucles de la Seine: le feu vert qui rapproche les chantiers électriques

Les autorisations du projet RTE rapprochent les futurs chantiers électriques entre Tancarville, Saint-Jean-de-Folleville et Sandouville.

Illustration - Réseau électrique en vallée industrielle

À Tancarville, le projet tient d’abord dans une ligne bleue sur un plan: elle suit la Seine, passe près du pont, traverse des secteurs urbanisés, économiques ou naturels, puis repart vers Sandouville. À La Cerlangue, il devient plus discret encore: six câbles enterrés, des chambres de jonction, des bornes de repérage, quelques règles d’urbanisme à modifier.

Depuis le 7 mai, ces traits de carte ont changé de statut. RTE annonce que les autorisations administratives de la tranche 2 du projet Transition énergétique des Boucles de la Seine sont délivrées. L’État a déclaré d’utilité publique la future ligne aérienne de 400 000 volts entre Rougemontier, dans l’Eure, et Saint-Jean-de-Folleville, ainsi que la liaison souterraine de 225 000 volts entre Saint-Jean-de-Folleville et Sandouville. L’autorisation environnementale a été accordée le 5 mai.

Ce n’est pas la fin du sujet. C’est le moment où il devient plus pratique: où passeront les câbles, où implanter les pylônes, comment organiser les accès, quelles parcelles seront concernées, comment limiter les effets sur les zones humides, les boisements, les cultures ou la circulation.

La Clé Publique avait déjà raconté comment le réseau électrique se dessinait dans les plans communaux. Le nouveau jalon ne répète pas cette étape: il la transforme. Les plans locaux d’urbanisme, à Tancarville ou à La Cerlangue, ne servent plus seulement à comprendre le projet. Ils préparent les conditions dans lesquelles il pourra être construit.

RTE porte ce renforcement pour accompagner l’électrification de la vallée de la Seine. Le réseau doit suivre une vallée industrielle qui consomme et produira autrement: moins de gaz ou de fioul dans certains procédés, plus d’électricité à raccorder, plus de puissance à faire circuler entre l’Eure, Port-Jérôme, Sandouville et Le Havre.

La tranche 2 repose sur trois grands éléments: une ligne aérienne d’environ 30 km jusqu’au futur poste Roseaux, à Saint-Jean-de-Folleville; une liaison souterraine d’environ 20 km vers Sandouville; et ce nouveau poste Roseaux. À Sandouville, le poste Noroit, première tranche du projet, est déjà en travaux depuis 2025 sur une ancienne friche industrielle.

L’autorisation ne règle pas tout. La commission d’enquête a relevé des inquiétudes sur les paysages, les milieux naturels, les zones humides, les oiseaux, les boisements, les accès de chantier et les compensations. Elle a estimé que l’intérêt public du projet l’emportait, mais ce feu vert n’efface ni les contraintes locales ni le besoin d’explication commune par commune.

Reste aussi la promesse économique. RTE évoque plus de 20 millions d’euros de commandes pouvant être passées localement et a réuni en décembre des entreprises de Seine-Maritime et de l’Eure autour des titulaires de marchés. Terrassement, génie civil, câblage, gardiennage, hébergement, restauration: une partie du chantier peut irriguer le territoire. Encore faudra-t-il voir quelle part descendra réellement jusqu’aux PME locales.

Le projet des Boucles de la Seine descend maintenant à l’échelle des communes. Il entre dans une phase où les habitants verront des accès préparés, des câbles posés, des pylônes discutés, des entreprises mobilisées. Avant de changer d’énergie, la vallée industrielle doit d’abord pouvoir la faire circuler.