Sur les cartes de qualité de l’air, la Seine-Maritime regarde d’abord Rouen, Le Havre, les routes, les zones industrielles et l’axe Seine. Les pesticides obligent à tourner un peu la tête. Vers les champs, les bourgs agricoles, les lotissements en lisière de cultures, les mairies auxquelles on demande parfois: qu’est-ce qu’on respire vraiment ici ?
C’est le mérite de PhytAtmo Dataviz, lancé par Atmo France avec le concours d’Atmo Normandie: rendre plus accessibles des mesures qui existaient déjà, mais restaient difficiles à lire pour le grand public. La plateforme permet de voir où des pesticides ont été recherchés dans l’air, à quelles périodes, avec quelles substances et sur quels points de mesure.
Elle ne donne pas, en revanche, une carte du risque commune par commune. C’est une limite essentielle. Aujourd’hui, il n’existe pas de valeur réglementaire pour les pesticides dans l’air ambiant. Les repères proposés ne sont donc pas des seuils sanitaires. Ils servent à situer une concentration par rapport à d’autres mesures comparables, pas à dire si un village serait “sûr” ou “dangereux”.
Pour la Seine-Maritime, cette nuance compte particulièrement. Les données normandes les plus documentées ces dernières années viennent surtout de Caen Chemin Vert, un site urbain entouré de grandes cultures. En 2024, Atmo Normandie y a recherché 75 substances phytosanitaires et en a quantifié 10, dont des herbicides comme la pendiméthaline, le prosulfocarbe ou le propyzamide. C’est utile pour comprendre une présence de fond en Normandie. Cela ne suffit pas à décrire ce qui se passe à Yvetot, Buchy, Fécamp ou Neufchâtel-en-Bray.
Pour le département, la prochaine étape se joue autour d’Yvetot: la maille locale devrait commencer à se resserrer. La DRAAF Normandie a retenu en 2025 un projet Ecophyto 2030 porté par Atmo Normandie avec la FR CUMA et l’établissement agricole d’Yvetot. Il prévoit un nouveau point de prélèvement en Seine-Maritime et un volet de sensibilisation. Atmo Normandie annonce aussi un second site de mesure en Normandie à partir de mi-2026.
Ce n’est pas un détail technique. Dans un département habitué à parler d’air par les cheminées, les ports et les files de voitures, les pesticides déplacent la conversation vers d’autres paysages. La mesure ne vient plus seulement des zones industrielles ou des stations près du trafic. Elle peut aussi concerner les périodes de traitement, les herbicides d’automne, les parcelles proches des habitations, les usages agricoles et les inquiétudes de riverains qui demandent moins un slogan qu’une réponse vérifiable.
PhytAtmo Dataviz sera utile si on l’utilise ainsi: non comme une carte qui tranche tout, mais comme une porte d’entrée. Quelle molécule a été recherchée ? A-t-elle été seulement détectée ou vraiment quantifiée ? À quelle saison ? Sur quel type de site ? La mesure vient-elle d’un point proche, d’un site comparable, ou d’un repère régional encore trop large ?
Pour une mairie rurale, une association de riverains ou un habitant curieux, c’est déjà mieux que la rumeur. La carte ne dit pas encore tout de la Seine-Maritime. Elle donne surtout une bonne méthode pour regarder ce qui existe, comprendre ce qui manque, et demander les prochaines mesures au bon endroit.