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Pont Flaubert: le dernier détour de la rive gauche doit disparaître fin juin

À Rouen, le raccordement Sud III - pont Flaubert doit ouvrir fin juin dans le sens sud-nord, après des années d’accès provisoire.

Illustration du pont Flaubert à Rouen

À Rouen, il y a des trajets où l’on voit presque la solution sans pouvoir la prendre. Depuis la Sud III, le pont Flaubert n’est pas loin. Mais pour l’atteindre depuis la rive gauche, il a longtemps fallu suivre une logique de chantier: passer par des raccordements provisoires, lire les panneaux, rejoindre les bons giratoires, accepter qu’un pont moderne reste bizarrement moins direct qu’il ne devrait l’être.

Cette situation doit changer fin juin. La Métropole Rouen Normandie annonce l’ouverture du raccordement entre la voie rapide Sud III et le pont Flaubert dans le sens sud-nord, c’est-à-dire depuis la Sud III vers le pont. Le sens inverse, du pont vers la Sud III et l’A13, avait déjà été ouvert en avril 2025. L’axe doit donc devenir continu dans les deux directions.

Pour l’automobiliste, le changement tient à une chose simple: moins de détour pour entrer sur le pont depuis le sud de l’agglomération. Pour Rouen, il est plus large. Le pont Flaubert, ouvert en 2008, n’avait pas encore trouvé son accès définitif côté rive gauche. Les travaux lancés en 2019 viennent refermer cette couture entre la Sud III, le pont, les quais, les accès portuaires et les quartiers en transformation autour de Flaubert.

Le nouveau raccordement mesure environ 1,1 km. La distance paraît modeste. Mais dans une agglomération où quelques points de passage concentrent une grande partie des mouvements entre les deux rives, un kilomètre bien placé peut changer beaucoup de choses: les trajets domicile-travail, les accès aux zones d’activité, les livraisons, les camions liés au port, les reports vers les ponts voisins.

Il faudra tout de même juger sur pièce. L’ouverture d’une bretelle ne supprime pas les heures de pointe. Elle ne crée pas un nouveau franchissement de Seine. Elle ne garantit pas, seule, que les quais ou les abords du pont respireront mieux. Son intérêt est plus précis: rendre lisible et direct un itinéraire qui ne l’était pas assez. Après les récentes fermetures nocturnes du pont Flaubert, on passe d’une gêne temporaire à un changement durable d’organisation.

Ce raccordement accompagne aussi le quartier Rouen Flaubert, construit sur d’anciennes friches industrielles et portuaires entre la Seine, le centre-ville et Petit-Quevilly. Là encore, la route ne dit pas tout, mais elle compte. Un quartier en reconversion ne fonctionne pas seulement avec des logements, des bureaux et des espaces publics. Il lui faut aussi des accès compréhensibles, des circulations tenables, une manière de ne pas transformer chaque arrivée en épreuve de patience.

La tension reste là. Rouen veut réduire la place de la voiture dans ses déplacements à l’horizon 2035. Dans le même temps, elle achève un aménagement routier à 180 millions d’euros, pensé pour absorber jusqu’à environ 80 000 véhicules par jour dans ce secteur. Ce n’est pas forcément contradictoire. Réduire la dépendance à la voiture ne dispense pas de mieux organiser les trajets qui existent encore, surtout quand ils traversent l’un des nœuds les plus sensibles de la métropole.

La promesse de fin juin doit donc rester à sa juste taille. Le raccordement Sud III - pont Flaubert ne changera pas à lui seul les habitudes de déplacement. Il peut en revanche corriger une situation très rouennaise: un pont stratégique, utile, visible, mais longtemps privé de son accès le plus évident depuis la rive gauche.