À Petit-Quevilly, une personne suivie pour une addiction pourra désormais passer par un même lieu pour une hospitalisation, puis revenir en hôpital de jour plusieurs fois par semaine. C’est le changement le plus concret apporté par Ariane, le nouveau bâtiment d’addictologie du CHU de Rouen, inauguré sur le site Saint-Julien.
Le bâtiment, d’environ 1 000 m², est entièrement consacré aux addictions. Il doit accueillir entre 24 et 30 lits, pour des patients confrontés à l’alcool, au tabac, aux drogues ou à certaines addictions comportementales. L’investissement annoncé atteint 10,7 millions d’euros, avec des financements de la Région, de l’État et de la Métropole Rouen Normandie.
L’intérêt d’Ariane ne tient pas seulement à ces capacités nouvelles. En addictologie, le soin se joue souvent dans la continuité: entrer dans une prise en charge, tenir un sevrage, ne pas disparaître du suivi au moment du retour chez soi. Le CHU présente le nouveau bâtiment comme un lieu conçu pour articuler deux étapes: l’hospitalisation complète, puis l’hôpital de jour. Ce second temps compte beaucoup, car il permet de continuer les soins sans couper le patient de sa vie quotidienne.
Le site Saint-Julien disposait déjà d’une offre spécialisée: consultations, hôpital de jour, hospitalisation complète, centre de délivrance de méthadone, équipe de liaison pour les patients hospitalisés dans d’autres services, accompagnement des proches. Ariane ne crée donc pas l’addictologie à Rouen. Il renforce un maillon hospitalier dans un parcours qui passe aussi par les médecins de ville, les psychologues, les infirmiers, les travailleurs sociaux, les structures médico-sociales et les associations.
La demande existe déjà. En 2024, l’ORS-CREAI Normandie recense 2 860 personnes prises en charge en hospitalisation pour addiction en Seine-Maritime. Le département compte aussi 12 centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie, qui ont accompagné 9 496 personnes en 2023. Les consultations jeunes consommateurs ont reçu 702 jeunes, tandis que les centres de réduction des risques ont accompagné 1 141 personnes.
Le réseau existe, mais il est très sollicité. Pour les patients et les proches, la question sera simple: Ariane rendra-t-il le parcours plus lisible, plus stable et plus facile à poursuivre après l’hospitalisation? Le bâtiment ne réglera pas à lui seul les délais d’accès, les rechutes ou les ruptures de suivi. Mais il peut améliorer une partie du chemin, notamment ce passage fragile entre le soin intensif et le retour dans la vie ordinaire.
La suite se jouera dans l’usage réel du lieu: les admissions, les délais, les relais avec les structures de proximité, la place donnée aux familles et aux accompagnements sociaux. Une seconde phase est prévue en 2026, avec la réhabilitation du bâtiment Claudel, toujours sur le site Saint-Julien. Pour Ariane, l’essentiel commencera après l’inauguration: faire en sorte qu’un patient ne sorte pas seulement d’un service, mais continue d’être suivi.