Depuis le 18 mars, CMA CGM relie chaque semaine Le Havre à Göteborg. La ligne, appelée Scandinavia West Coast Express, part du Terminal de France et effectue une rotation de sept jours entre les deux ports. Le trajet vers la Suède est annoncé en deux jours.
Ce n’est pas une grande ligne intercontinentale de plus. C’est un service feeder, c’est-à-dire une navette maritime qui relie un port à d’autres points du réseau pour alimenter ou redistribuer les conteneurs. Le navire mobilisé, l’Elbwinter, mesure environ 150 mètres et peut transporter 1 036 EVP, l’unité utilisée pour compter les conteneurs de vingt pieds. Dans l’économie portuaire, ce format compte : moins spectaculaire qu’un géant des mers, mais souvent décisif pour garder les marchandises en circulation.
Le choix de Göteborg donne du poids à l’annonce. Le port suédois concentre environ 57 % du commerce conteneurisé du pays et a traité 934 000 conteneurs en 2025. Il sert aussi de porte d’entrée vers l’industrie suédoise, avec des connexions ferroviaires vers l’intérieur du pays. Pour Le Havre, la liaison ouvre donc un accès direct à un vrai carrefour scandinave, pas à une simple escale secondaire.
L’enjeu est commercial autant que maritime. Les échanges entre la France et la Suède atteignaient près de 23 milliards d’euros en biens et services en 2024, avec des secteurs comme l’automobile, les équipements mécaniques, l’électronique, la chimie et les services aux entreprises. Une rotation hebdomadaire ne bouleverse pas ces flux à elle seule, mais elle ajoute une option lisible pour les chargeurs, transitaires et logisticiens qui cherchent des itinéraires réguliers entre la France, la Scandinavie et les grandes lignes mondiales.
Pour Le Havre, cette liaison arrive dans une séquence favorable. HAROPA a annoncé un record de 3,2 millions d’EVP traités en 2025 sur l’axe Seine, avec une progression du conteneur et du transbordement. Après les sujets déjà visibles sur la transition écologique du port, cette annonce rappelle un autre versant de la bataille portuaire : la capacité à rester utile dans les itinéraires concrets des armateurs et des entreprises.
La concurrence entre ports du nord de l’Europe ne se joue pas seulement sur les grands volumes annuels. Elle se joue aussi sur ces lignes courtes, régulières, qui rendent un port plus simple à intégrer dans une chaîne logistique. Pour une entreprise, le bon port n’est pas forcément le plus proche ou le plus connu. C’est celui qui permet de gagner en fiabilité, en délais, en correspondances et en choix.
La portée locale reste à mesurer : HAROPA ne donne pas de volumes attendus ni de secteurs havrais directement concernés. Mais le signal est net. Avec cette navette vers Göteborg, Le Havre renforce son rôle de point de passage entre les routes mondiales, le marché français et l’Europe du Nord. Dans une économie portuaire où chaque connexion peut orienter des flux, c’est une ligne modeste par la taille, mais utile par sa fonction.