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À Penly, l’EPR2 commence aussi dans les salles de formation

La visite d’étudiants havrais à Penly signale un enjeu central: former assez tôt les profils locaux nécessaires au chantier EPR2.

Étudiants devant un chantier industriel

Une vingtaine d’étudiants en génie civil de l’Université Le Havre Normandie ont visité, vendredi 24 avril, le chantier EPR2 de Penly. Le fait pourrait passer pour une simple sortie pédagogique. Il dit pourtant quelque chose de plus concret: le futur chantier nucléaire se prépare déjà dans les formations locales.

Penly ne cherchera pas seulement des ingénieurs nucléaires. Le site aura besoin de conducteurs d’engins, de coffreurs, de soudeurs, de tuyauteurs, de spécialistes de la maintenance, de la logistique, de la sécurité, du contrôle et de la conduite de chantier. EDF annonce plus de 8 500 emplois mobilisés autour du projet, dans le nucléaire mais aussi dans le bâtiment, les travaux publics, les transports, la propreté et les services liés au chantier.

Pour la Seine-Maritime, l’enjeu est direct: faire en sorte qu’une part réelle de ces emplois passe par les habitants, les étudiants, les apprentis, les salariés en reconversion et les entreprises du territoire. Cela ne se règle pas quand les grues sont déjà là. Cela se prépare maintenant, formation par formation, métier par métier.

C’est le sens du programme Normandie Nucléaire, Nouvelles Compétences, dit 3NC. Doté de 64 millions d’euros, financé par l’État et la Région, il vise à former 5 400 personnes par an d’ici 2030. Les parcours vont du CAP au doctorat, avec des besoins très concrets: génie civil, travaux publics, chaudronnerie, tuyauterie, soudage, automatismes, électricité, essais, maintenance et ingénierie industrielle.

La visite des étudiants havrais s’inscrit dans cette bascule. Un chantier comme Penly rend visibles des métiers souvent abstraits. Il montre à un étudiant en génie civil que son futur travail ne se limite pas à des plans ou à des calculs, mais peut toucher aux accès d’un site, aux terrassements, aux ouvrages, aux délais, à la coordination de dizaines d’entreprises et aux exigences de sécurité propres à une installation nucléaire.

Le sujet ne concerne pas seulement l’université. France Travail a mis en place une cellule emploi-formation dédiée à l’EPR2 de Penly, chargée de collecter les offres, d’identifier les compétences recherchées et de demander des formations quand elles manquent. Des parcours comme CAP EPR2, ouverts sans qualification préalable, doivent aussi permettre à des demandeurs d’emploi de tester leur orientation vers les métiers du chantier avant d’entrer en formation.

C’est là que le projet devient intéressant pour le département. Penly peut accélérer des trajectoires locales: un lycéen de Dieppe qui découvre les métiers industriels, un étudiant du Havre qui choisit le génie civil de chantier, un salarié de la vallée de la Seine qui se reconvertit, une PME du bâtiment qui monte en compétence pour répondre à des marchés plus exigeants. Si cette chaîne se construit trop lentement, les besoins seront remplis ailleurs.

La pression sera forte. À l’échelle nationale, la filière nucléaire prévoit 100 000 recrutements d’ici 2035, dont deux tiers sur des profils techniques allant du CAP à trois années après le baccalauréat. France Travail évoque 6 000 à 10 000 recrutements par an. Penly recrutera donc dans un marché déjà disputé, entre maintenance du parc existant, industrie, énergie et grands projets d’infrastructure.

Cela donne à la formation un rôle très concret. Pour réussir localement, le chantier aura besoin de béton, de machines et d’autorisations. Il aura aussi besoin de jeunes formés assez tôt, d’adultes réorientés assez vite, d’entreprises capables de répondre aux standards demandés et de passerelles qui fonctionnent entre lycée, université, apprentissage et emploi.

La visite des étudiants du Havre ne garantit pas que cette chaîne soit déjà en place. Elle montre en revanche que Penly est déjà devenu un terrain d’apprentissage. Le vrai test viendra ensuite: stages, alternances, recrutements, montée en compétence des entreprises locales. C’est là que se verra si un grand chantier national peut aussi produire des compétences durables pour la Seine-Maritime.