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Émissions polluantes : la carte qui oblige à regarder les sources

Le nouvel inventaire d’Atmo Normandie aide à comprendre d’où viennent les polluants en Seine-Maritime, secteur par secteur.

Illustration - Carte de pollution locale

Atmo Normandie a publié le 23 avril son nouvel inventaire des émissions polluantes. Ce n’est pas une alerte de plus, ni un bilan de qualité de l’air comme les autres. L’outil change la question. Il ne demande pas seulement si l’air est bon ou mauvais aujourd’hui. Il cherche à savoir d’où viennent les polluants.

La nuance compte. Une concentration mesure ce que l’on respire à un endroit et à un moment donnés. Une émission mesure ce qui est rejeté par les voitures, les chaudières, les usines, les ports, les champs ou les logements. Les deux sont liés, mais ils ne racontent pas la même chose. Pour agir, il faut les deux : les capteurs pour suivre l’exposition réelle, les inventaires pour remonter aux causes.

L’inventaire 2023 couvre les polluants qui touchent directement la santé, comme les particules fines, les oxydes d’azote, le dioxyde de soufre, l’ammoniac ou les composés organiques volatils. Il suit aussi les gaz à effet de serre. Atmo le présente à plusieurs échelles : région, département, intercommunalité. C’est précisément ce qui le rend intéressant pour la Seine-Maritime.

Le département réunit plusieurs des grands facteurs qui compliquent un débat sur l’air : grands axes routiers, zones industrielles, vallée de la Seine, activités portuaires, métropoles, littoral, secteurs agricoles et logements chauffés au bois. Parler de “pollution” au singulier écrase ces différences. L’inventaire permet au contraire de distinguer les sources.

À l’échelle normande, les grosses particules, les PM10, viennent d’abord de l’agriculture, notamment du travail des sols. Les particules plus fines, les PM2,5, sont surtout liées au résidentiel, avec le chauffage au bois. Les oxydes d’azote viennent d’abord de la route, puis des autres transports. Les gaz à effet de serre restent dominés par le transport routier, l’industrie et l’agriculture. Ces ordres de grandeur ne se transposent pas mécaniquement à chaque commune, mais ils donnent une boussole.

En Seine-Maritime, cette boussole peut servir à éviter les débats trop vagues. Autour de Rouen, près du Havre, le long des grands axes ou dans les zones plus rurales, les priorités ne sont pas les mêmes. Ici, il faudra regarder le trafic et la logistique. Là, les procédés industriels. Ailleurs, le chauffage résidentiel ou les émissions agricoles. Le bon levier dépend de la source, pas seulement du niveau d’inquiétude.

Cela ne rend pas les décisions simples. Une intercommunalité ne décide pas seule de l’activité portuaire. Une commune ne transforme pas en quelques mois un parc de logements mal chauffés. Une entreprise ne remplace pas instantanément un procédé industriel. Mais l’inventaire rend les arbitrages plus lisibles : circulation, rénovation des logements, renouvellement des vieux appareils de chauffage au bois, logistique, alimentation électrique des navires à quai, réduction des rejets industriels, pratiques agricoles moins émissives.

L’enjeu dépasse le confort local. En France, l’exposition chronique aux particules fines reste associée à environ 40 000 décès par an chez les personnes de 30 ans et plus, selon Santé publique France. Et les règles européennes vont se durcir à l’horizon 2030. Les territoires qui lisent finement leurs émissions peuvent cibler les bons secteurs au lieu d’empiler les annonces générales.

Pour la Seine-Maritime, l’intérêt du nouvel inventaire est là. Il ne dit pas que tout va bien. Il ne désigne pas non plus un coupable unique. Il donne une carte des causes. Dans un département où l’air se joue autant sur les routes que dans les ports, les usines, les champs et les logements, c’est un outil très concret.