La Métropole Rouen Normandie consacre le mois de mai au vélo, avec des ateliers d’autoréparation, des sorties encadrées, des animations familiales et des rendez-vous dans plusieurs communes, du Trait à Canteleu, d’Elbeuf à Sotteville-lès-Rouen. Le programme veut surtout toucher ceux qui hésitent encore: habitants sans vélo, familles, débutants, actifs qui se demandent si un trajet quotidien peut vraiment se faire autrement.
L’enjeu n’est pas de remplir un calendrier de printemps. Il est de traiter les petits blocages qui empêchent de passer au vélo: réparer un frein, tester un itinéraire, rouler avec d’autres, essayer un vélo adapté, se sentir moins seul dans la circulation. Pour beaucoup d’habitants, la question n’est pas idéologique. Elle tient à une chose simple: est-ce que ce trajet précis peut se faire demain matin sans galère?
Rouen a une marge réelle. Dans son Plan vélo, la Métropole rappelle que 56 % des déplacements de ses habitants font moins de 3 km, dont 46 % moins de 2 km. Pourtant, 40 % de ces trajets courts sont encore réalisés en voiture, tandis que le vélo ne représente qu’environ 1 à 2 % des déplacements métropolitains. L’objectif fixé pour 2035 est de monter à 5 % dans la Métropole, 7 % à Rouen et dans la première couronne, et 12 % dans le centre de Rouen.
Le frein n’est pas seulement culturel. Près de six ménages sur dix dans la métropole ne possèdent pas de vélo. Le diagnostic local pointe aussi l’effet du relief, les coupures dans les itinéraires cyclables et le manque de stationnement sécurisé à domicile ou à destination. Cela explique pourquoi un mois d’animations n’a d’intérêt que s’il sert d’entrée vers des services durables: location, réparation, stationnement, aide à l’achat, apprentissage des trajets.
Ces services existent déjà. Après une location longue durée Lovélo, l’aide à l’achat peut aller de 300 à 1 500 euros selon les ressources et le modèle de vélo. Une autre aide, liée à la zone à faibles émissions, peut varier de 500 à 2 000 euros pour remplacer un véhicule polluant par un vélo. Le libre-service a aussi changé d’échelle: lancé en 2023, Lovélo a atteint 281 000 trajets en première année, avant d’être étendu à Grand-Quevilly, Darnétal, Saint-Léger-du-Bourg-Denis et Amfreville-la-Mivoie, pour atteindre 126 stations.
L’autre enjeu est l’infrastructure. Le Plan vélo prévoit 75 km d’aménagements pour le Réseau Express Vélo d’ici 2026, un peu plus de 50 km pour le réseau interconnecté et, à l’horizon 2035, un réseau cyclable structurant de 450 km. Ces chiffres donnent la bonne échelle: une animation peut déclencher l’essai, mais seule une continuité claire permet de répéter le trajet.
La sécurité reste le point décisif. En France, en 2024, les cyclistes et utilisateurs d’engins de déplacement personnel motorisés représentaient 21 % des blessés graves sur les routes. Encourager le vélo suppose donc plus que des messages positifs: des itinéraires lisibles, des points noirs traités, du stationnement sûr et des services qui évitent de laisser les débutants seuls face à la voirie.
Le potentiel national confirme l’intérêt du sujet rouennais: 60 % des trajets domicile-travail de moins de 5 km se font encore en voiture, et seulement 5 % à vélo. À Rouen comme ailleurs, une partie du changement se joue sur ces distances courtes, trop longues pour être toujours faites à pied, souvent trop courtes pour justifier la voiture.
Le mois de mai ne changera pas seul les déplacements rouennais. Mais s’il aide des habitants à tester un trajet, réparer un vélo, trouver une aide ou repérer un itinéraire sûr, il aura fait plus qu’animer le calendrier: il aura abaissé le seuil d’entrée.