Article

Cathédrale, cité douanière, hôpital, énergie: ce que la commande publique dit vraiment des priorités bâties en Seine-Maritime

En Seine-Maritime, plusieurs marchés publiés fin avril révèlent une même priorité: sécuriser, rénover, piloter l’énergie et mieux exploiter le bâti existant.

Cathédrale et bâtiments publics rénovés

Les avis publiés les 21 et 22 avril en Seine-Maritime vont dans la même direction. La priorité n’est pas de lancer un grand bâtiment neuf de plus. Elle est de sécuriser, remettre à niveau, mieux piloter et mieux exploiter ce qui existe déjà. À Rouen, l’État lance un marché pour la mise aux normes incendie de la cathédrale. Au Havre, la Ville et la communauté urbaine cherchent un outil de gestion énergétique. La cité douanière part en rénovation thermique et réfection de façades. Le Groupe hospitalier du Havre ouvre son domaine public au déploiement et à l’exploitation de bornes de recharge. Quatre dossiers différents, une logique commune: faire durer le patrimoine, baisser ses coûts d’usage et en tirer davantage de service.

La cathédrale de Rouen est le cas le plus symbolique, mais le plus parlant aussi. Depuis 2019, l’État a renforcé son plan de sécurité sur les 87 cathédrales dont il est propriétaire. En 2021 et 2022, plus de 167 millions d’euros ont été consacrés aux cathédrales, dont 25 millions pour leur sécurisation. À Rouen, cette priorité a cessé d’être abstraite le 11 juillet 2024, quand un incendie s’est déclaré sur le chantier de la flèche. Le sinistre a été maîtrisé, puis un exercice incendie a encore été organisé à l’automne. Le nouveau marché ne relève donc pas du simple entretien courant. Il dit qu’avant d’embellir un monument, il faut d’abord éviter qu’il brûle.

Au Havre, la même logique s’applique à un patrimoine beaucoup moins prestigieux mais tout aussi concret. Le marché lancé pour la cité douanière porte sur la rénovation thermique et la réfection des façades des bâtiments B, D et E. Il concerne donc un ensemble existant qu’on cherche à remettre à niveau, pas à remplacer. C’est souvent ainsi que la commande publique change vraiment le quotidien: moins par des effets d’annonce que par des opérations de rattrapage sur des bâtiments vieillissants, coûteux ou dégradés. Pour les entreprises du territoire, le calendrier est d’ailleurs immédiat: réponse attendue le 25 mai pour la cité douanière, le 21 mai pour l’outil de gestion énergétique, le 5 juin pour l’appel d’intérêt de l’hôpital.

L’autre thème net est l’énergie. Le Havre ne cherche pas juste un logiciel, mais un outil de pilotage lancé en groupement entre la Ville et Le Havre Seine Métropole, dans une procédure de dialogue compétitif. Ce n’est pas anodin. La Ville met déjà en avant une baisse de 30 % de sa consommation énergétique et de 39 % de ses émissions de CO2 en dix ans, avec plus de 40 millions d’euros de rénovation des bâtiments jusqu’en 2026. Et la pression réglementaire va continuer. Le dispositif Éco Énergie Tertiaire impose aux bâtiments tertiaires de réduire leur consommation d’au moins 40 % d’ici 2030, 50 % en 2040 et 60 % en 2050. Autrement dit, suivre finement les consommations n’est plus un luxe de gestionnaire. C’est devenu une obligation de fond.

Même l’avis du Groupe hospitalier du Havre s’inscrit dans ce mouvement. Il vise le déploiement et l’exploitation économique d’infrastructures de recharge pour véhicules électriques et hybrides rechargeables sur le domaine public hospitalier. Là encore, il ne s’agit pas d’ajouter un décor, mais un usage. Le terrain public doit servir davantage. Ce choix colle à l’évolution du territoire: Le Havre Seine Métropole vise 534 points de charge d’ici fin 2025, avec un maillage annoncé dans l’ensemble des communes. L’hôpital prolonge cette bascule à son échelle. Au fond, ces marchés disent quelque chose de simple sur les priorités bâties du moment en Seine-Maritime: protéger les sites sensibles, remettre à niveau les ensembles vieillissants, surveiller l’énergie de près et transformer les emprises publiques en services concrets. Ce n’est pas spectaculaire. C’est beaucoup plus utile.