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À Rouen, Innop’IA passe au concret par la formation

La phase 2 d’Innop’IA à Rouen confirme un outil d’IA appliqué à la formation, avec un enjeu clair pour les compétences locales et les petites entreprises.

Formation et intelligence artificielle à Rouen

À Rouen, Innop’IA passe au concret par la formation

Le nouvel appel d’offres lancé par la Chambre de commerce et d’industrie Rouen Métropole donne enfin un contour net à la phase 2 d’Innop’IA. Le marché, dont la date limite de réponse est fixée au 29 mai 2026, porte sur deux missions précises : suivre et évaluer le projet, puis poursuivre le développement d’un outil d’intelligence artificielle capable de construire des parcours de formation personnalisés et individualisés. Le point important est là : on n’est pas dans un slogan de plus sur l’IA, mais dans un outil ciblé, avec un usage défini.

Le projet est normand, et il a déjà une base. Fin 2023, la Région Normandie lui a accordé 385 762 euros. Un document publié par CCI Normandie en 2024 présente Innop’IA comme une innovation de personnalisation des parcours de formation portée par un consortium de sept organismes du réseau, dont l’IFA Marcel Sauvage à Mont-Saint-Aignan. Le texte précise aussi l’objectif : s’appuyer sur des données de positionnement pour proposer à chaque apprenant un parcours sur mesure, et accompagner les équipes pédagogiques dans de nouvelles pratiques. L’expérimentation visait notamment la filière hôtellerie-restauration. La phase 2 marque donc moins un lancement qu’un passage à une étape plus suivie, plus outillée, plus évaluée.

Pour les entreprises locales, l’effet n’est pas immédiat, mais il est concret. La CCI Rouen Métropole propose déjà un Flash Diag IA qui débouche sur un plan d’action, ainsi qu’une formation de 7 heures aux outils d’intelligence artificielle générative facturée 850 euros. Innop’IA se situe plus en amont. L’enjeu est moins d’aider un dirigeant à tester un assistant conversationnel que de mieux former, plus vite et plus juste, des apprentis ou des salariés en reconversion. Si l’outil fonctionne, les centres de formation peuvent repérer plus tôt les écarts de niveau, ajuster les modules, et envoyer vers les entreprises des profils mieux préparés sur des compétences précises plutôt que sur des parcours standardisés.

C’est aussi une réponse assez lucide à l’état réel de l’adoption de l’IA. En France, 26 % des TPE et PME disent déjà utiliser des solutions d’intelligence artificielle, selon France Num. Mais le taux tombe à 20 % dans l’hébergement-restauration et à 15 % dans l’agroalimentaire. À l’échelle européenne, Eurostat estime que 20 % des entreprises de 10 salariés ou plus utilisaient l’IA en 2025, contre 13,5 % en 2024. L’IA progresse vite, mais surtout là où les moyens, le temps et les compétences existent déjà. Rouen semble donc miser sur une voie plus utile que brillante : travailler la formation, les usages simples et les secteurs ordinaires. Si la phase 2 tient ses promesses, Innop’IA ne sera pas un label de plus. Ce sera un outil local pour rendre l’IA praticable là où elle reste encore compliquée à saisir.