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Au Havre et à Rouen, la transition écologique du port passe aux actes

Déchets des navires, engins hybrides, extension de quai : en Seine-Maritime, la transition écologique portuaire devient plus concrète.

Port, quais et engins hybrides

Au Havre et à Rouen, la transition écologique du port passe aux actes

HAROPA PORT commence à montrer sa transition écologique là où un port se juge vraiment : dans les services, les engins et les travaux. En quelques jours, l’établissement a annoncé une collecte des déchets de navires renforcée sur l’axe Seine, l’arrivée de 14 cavaliers hybrides au terminal de l’Atlantique du Havre et l’achèvement anticipé des compensations environnementales liées à l’extension du quai de Radicatel. Pris ensemble, ces trois dossiers disent la même chose : le verdissement du port sort des documents stratégiques et entre dans l’exploitation quotidienne.

Sur les déchets des navires, le changement est net. HAROPA a signé le 1er avril avec deux entreprises basées à Rouen, SLOP Normandie et Normandy Vessel Services, pour renforcer une offre encore jugée partielle selon les zones et les escales. Le port finance 50 % des dépenses éligibles, soit 6,6 millions d’euros. L’enjeu dépasse la propreté des quais. La règle européenne impose aux ports de pouvoir recevoir les déchets des navires avant leur départ, afin de réduire les rejets en mer. Pour un grand port, cela veut dire des moyens disponibles, des collectes fiables et des filières de traitement capables d’absorber des déchets liquides comme solides.

Au Havre, la même logique passe par les engins. Le terminal de l’Atlantique, opéré par Hanseatic Global Terminals, s’est équipé de 14 cavaliers hybrides dans le cadre d’un investissement de 15 millions d’euros. HAROPA les présente d’abord comme des outils de performance logistique, destinés à fluidifier les flux de conteneurs et à réduire les temps de traitement. Le gain écologique n’est pas secondaire pour autant. Kalmar, leur fabricant, avance jusqu’à 40 % de carburant en moins pour ce type de matériel. Dans les terminaux, la transition avance plus vite quand elle améliore aussi la productivité, le bruit et la maintenance.

Il faut toutefois garder le bon ordre de grandeur. Le premier bilan carbone consolidé de HAROPA, calculé sur 2023, chiffre à 8,8 millions de tonnes équivalent CO2 les émissions liées aux activités de l’axe Seine. Et 92 % de ce total viennent des entreprises installées dans la zone d’influence, contre 7 % pour les transports et 1 % pour les activités directes du port. Des cavaliers hybrides et une meilleure collecte des déchets ne feront donc pas basculer seuls un territoire industrialo-portuaire de cette taille. Mais ils montrent au moins une chose : le port commence à traiter sa part au lieu de renvoyer tout l’effort aux industriels, aux transporteurs ou à l’État.

Radicatel montre enfin que l’écologie entre aussi dans l’aménagement. À Saint-Jean-de-Folleville, HAROPA veut prolonger de 250 mètres un quai aujourd’hui long de 420 mètres pour accompagner le développement industriel de la zone. L’autorisation préfectorale imposait en contrepartie d’excaver au moins 57 300 mètres cubes de terres pour compenser les remblais du projet. HAROPA dit avoir déjà dépassé ce seuil, avec 65 700 mètres cubes excavés à Lillebonne et à Saint-Wandrille pour 350 000 euros. En Seine-Maritime, le port peut donc encore se moderniser et s’étendre, mais il doit désormais intégrer ses contreparties écologiques dès le montage des projets.