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Risques majeurs en Seine-Maritime: le dossier qui oblige enfin à regarder la bonne carte

La nouvelle carte départementale des risques aide à comprendre où se concentrent inondations, cavités, falaises et risques industriels en Seine-Maritime.

Carte des risques en Seine-Maritime

Risques majeurs en Seine-Maritime: le dossier qui oblige enfin à regarder la bonne carte

La nouvelle édition du dossier départemental sur les risques majeurs, publiée par la préfecture le 13 avril, vaut mieux qu’un simple signalement administratif. Elle rappelle surtout une chose que la Seine-Maritime oublie parfois parce qu’elle vit avec depuis longtemps: ici, les risques se superposent. L’État identifie toujours trois territoires à risque important d’inondation, autour de Dieppe, du Havre et de Rouen-Louviers-Austreberthe. Le département reste aussi marqué par les cavités souterraines, avec un stock estimé de 60 000 à 80 000 marnières. Littoral, vallée de Seine, falaises, sous-sol, sites industriels: le sujet n’est pas de savoir si le département est exposé, mais à quoi, et où.

La bonne lecture est donc territoriale. Au Havre et sur l’estuaire, la métropole range sur une même page les inondations, les submersions marines, les tempêtes, les cavités souterraines, les éboulements de falaises, les activités industrielles et les transports de matières dangereuses. À Rouen, le document communal sur les risques en retient cinq: inondation, cavités souterraines, effondrement de falaise, risque industriel et transport de matières dangereuses. Le nouveau dossier départemental sert à remettre ces couches dans le bon ordre. Il dit aux habitants qu’un risque majeur, en Seine-Maritime, n’a souvent rien d’abstrait ni d’isolé.

Le point décisif se joue ensuite commune par commune. La préfecture rappelle que toutes les communes de Seine-Maritime ont l’obligation de produire un document communal d’information sur les risques majeurs, rédigé par le maire. Ce document doit décrire les risques locaux, leurs conséquences prévisibles, les mesures de protection, les consignes de sécurité et une cartographie. Il doit être diffusé largement, consultable gratuitement en mairie, mis à jour quand une information nouvelle arrive, et, sinon, révisé au moins tous les cinq ans. La préfecture a d’ailleurs remis en ligne début avril un tableau de suivi des DICRIM déjà transmis, puis une trame modifiable pour aider les communes à refaire le leur. Dit autrement: l’État a publié la vue d’ensemble, mais la vraie qualité de la prévention se mesure encore à l’échelle municipale.

Ce cadre a des effets très concrets. Dans l’immobilier, une annonce de vente pour un bien situé dans une zone concernée doit renvoyer vers Géorisques, et l’absence d’état des risques peut ouvrir à un recours de l’acquéreur pour demander l’annulation de la vente ou une baisse du prix. Dans la gestion de crise, les consignes ne relèvent pas du folklore administratif: à Rouen, le DICRIM rappelle qu’en cas d’alerte il faut se mettre à l’abri, ne pas aller chercher ses enfants à l’école et préparer un sac de première nécessité. Autour de Penly, l’exercice nucléaire de février 2026 a de nouveau testé sirènes, téléphones via FR-Alert et moyens d’alerte communaux. Là aussi, la leçon est simple: un bon document ne sert à rien s’il ne devient pas un réflexe.

Le dossier arrive au bon moment parce que le pays entier redécouvre que la prévention ne peut plus rester au fond d’un classeur. L’inondation reste le premier risque naturel en France par l’ampleur des dommages et le nombre de communes concernées, environ 16 000, avec un coût assuré projeté à 50 milliards d’euros sur 2020-2050. En Seine-Maritime, où se croisent côte, fleuve, industrie et sous-sol fragile, cette culture du risque a un avantage immédiat: elle permet de sortir du bruit des alertes dispersées pour revenir à trois questions utiles. Où suis-je exposé, comment serai-je prévenu, et qu’est-ce que je fais tout de suite si ça arrive.