Le Havre Seine Métropole remet en jeu plus de 80 terrains agricoles, exactement 83 sites répartis sur une large partie du territoire, de Montivilliers à Rolleville, de Saint-Romain-de-Colbosc au Tilleul. Les parcelles vont de 300 m² à plus de 2 hectares. Les redevances vont de 0 à 143,50 euros par hectare et par an. Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 30 novembre 2026 et les occupations seront conclues pour huit ans. Après une première attribution de parcelles début 2022, la collectivité relance donc l’opération à une échelle qui devient visible.
Le point important n’est pas seulement agricole. Une partie de ces terrains existe parce que la métropole gère des rivières, des ouvrages contre les inondations, des prairies inondables ou des zones liées à la protection de l’eau potable. Son règlement est très clair sur l’objectif : remettre du fauchage, du pâturage ou d’autres usages agricoles pour entretenir ces sites, réduire les déchets verts, limiter les coûts d’entretien et augmenter les surfaces en herbe utiles à l’agriculture locale. Les candidats ne seront pas choisis au hasard. La métropole regarde la capacité à gérer les contraintes du site, protéger la faune, respecter les ouvrages et, pour les animaux, disposer d’un terrain de repli en hiver.
Cette logique colle à un enjeu très concret du territoire havrais. Le Havre Seine Métropole exploite 13 captages d’eau potable sur près de 450 km² pour environ 280 000 habitants. Six bassins d’alimentation de captage font déjà l’objet d’un suivi et de programmes d’action. La métropole dit y mobiliser 318 agriculteurs, 98 conseils agricoles et 123 agriculteurs engagés dans un paiement pour services environnementaux sur 10 430 hectares. À l’échelle nationale, l’État rappelle que 1 100 captages prioritaires sont déjà concernés par des actions de protection, avec une idée simple : mieux vaut agir sur les usages des sols en amont que multiplier ensuite les traitements de l’eau, plus complexes et plus coûteux.
L’autre sujet, c’est le foncier. En Pays de Caux, le prix moyen statistique des terres et prés atteignait en 2024 13 130 euros par hectare pour les terres libres non bâties et 11 640 euros pour les terres louées. Des petites parcelles publiques ne régleront pas à elles seules l’accès à la terre. Mais pour du pâturage, du fourrage ou des surfaces d’appoint près des exploitations, elles peuvent compter. Et elles peuvent aussi servir un débouché local déjà existant : depuis 2025, la Ville du Havre achète 30 tonnes de fruits et légumes bio auprès de cinq exploitations du territoire pour ses cantines. La nouveauté, ici, est plus amont. La collectivité n’agit pas seulement sur l’achat. Elle agit aussi sur la terre, là où se décident encore une partie des usages, de l’entretien des milieux et de la protection de l’eau.