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Qualité de l’air en Seine-Maritime: 2024 a respiré un peu mieux, mais le bord des routes reste le point dur

Le bilan 2024 montre une amélioration en Seine-Maritime, mais le trafic routier et le couloir industriel restent les principaux points de tension.

Trafic et air urbain

En 2024, l’air a plutôt mieux tenu en Normandie qu’en 2023. Atmo Normandie relève une baisse globale du dioxyde d’azote, des particules PM10 et de l’ozone. Aucun dépassement des valeurs limites européennes n’a été constaté à l’échelle régionale. En Seine-Maritime, un seul épisode a déclenché une procédure préfectorale d’information, le 19 septembre, pour les particules PM10. La météo a joué en faveur de cette amélioration: une année très pluvieuse, moins ensoleillée, donc moins propice à l’accumulation de pollution et à la formation d’ozone.

Le mauvais réflexe serait de prendre cette amélioration pour une sortie de crise. Atmo Normandie dit plutôt ceci: 2024 a été une meilleure année, pas une année propre. À l’échelle normande, l’ozone reste le seul polluant qui ne respecte pas encore pleinement le cadre réglementaire actuel, et les repères sanitaires de l’Organisation mondiale de la santé restent dépassés pour plusieurs polluants, dont le dioxyde d’azote et les particules fines. C’est d’ailleurs le sens de la nouvelle directive européenne entrée en vigueur le 11 décembre 2024: les seuils à atteindre d’ici 2030 ont été abaissés, parce que les niveaux jugés acceptables hier ne le sont plus vraiment au regard des connaissances sanitaires actuelles.

En Seine-Maritime, le point dur est désormais très lisible: la proximité du trafic. Pour les PM10, Atmo Normandie pointe encore quatre stations en bord de route au-dessus de la valeur guide de l’Organisation mondiale de la santé: Le Havre rue Lafaurie, Dieppe avenue Gambetta, Rouen quai de Paris et Petit-Quevilly Sud 3. Pour le dioxyde d’azote, le signal est du même ordre: les limites actuelles sont tenues, mais la barre de 2030, beaucoup plus stricte, rapproche la question de la circulation quotidienne du cœur du sujet. L’enjeu n’est donc plus seulement le “pic” spectaculaire. C’est l’exposition ordinaire, celle des grands axes, des trajets, des quartiers les plus circulés.

Il faut aussi éviter un autre contresens: en Seine-Maritime, la qualité de l’air ne se résume pas au trafic. Le couloir industriel de la vallée de Seine impose une surveillance d’une autre nature. Autour de la zone industrielle de Rouen, Atmo Normandie signale encore la présence de dioxines, de furanes et une nouvelle hausse du cuivre dans les retombées près de la fonderie Inoxyda. À Saint-Aubin-lès-Elbeuf, au contraire, l’étude publiée par l’organisme conclut à une faible présence de polluants dans les retombées atmosphériques. Et à Port-Jérôme, le dioxyde de soufre reste un marqueur industriel suivi de près, même si les concentrations mesurées respectent les limites européennes en vigueur. Selon l’endroit où l’on vit, on ne parle donc pas tout à fait du même air, ni des mêmes leviers d’action.

La suite est assez claire. Il ne s’agit plus seulement d’éviter les grosses alertes, même si elles comptent. Il s’agit de faire baisser une pollution de fond qui continue d’user la santé. Atmo Normandie rappelle qu’en Normandie la pollution de l’air est associée à 2 600 décès anticipés par an, soit 9 % de la mortalité régionale. Santé publique France estime de son côté qu’en France l’exposition aux particules fines reste liée à près de 40 000 décès par an. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe encore de la marge utile: moins d’exposition le long des axes, des transports plus attractifs, un chauffage moins émetteur, une vigilance industrielle qui ne se relâche pas. La Seine-Maritime n’a pas besoin d’un récit apocalyptique sur l’air. Elle a besoin d’un cap simple: rendre l’air banal un peu moins nocif, là où les gens vivent vraiment.