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À Rouen, le mandat se lit déjà dans les trajets du quotidien

Aide à la remorque vélo, aire de covoiturage agrandie, soutien aux commerçants: la Métropole Rouen Normandie donne ses premiers signaux concrets.

Illustration - mobilités du quotidien à Rouen

Le second mandat de Nicolas Mayer-Rossignol à la tête de la Métropole Rouen Normandie ne commence pas par un grand chantier totem. Il commence par des choix plus terre à terre: aider des familles à rouler à vélo avec leurs enfants, agrandir une aire de covoiturage saturée, remettre un peu d’argent sur les commerces de centralité. Ce n’est pas spectaculaire. C’est pourtant là que se voit le plus vite une ligne politique.

La mesure la plus parlante vise les familles qui voudraient se déplacer autrement sans transformer chaque trajet en casse-tête. Le conseil métropolitain du 9 février a créé une aide à l’achat de remorque vélo pour enfant. Elle peut monter à 250 euros pour les foyers les plus modestes et à 150 euros au-dessus de 15 400 euros de revenu fiscal par part, pour un achat plafonné à 1 250 euros. La métropole ne finance donc pas un gadget. Elle cible un verrou très concret: celui du vélo qui tient en solo, puis s’effondre dès qu’il faut déposer un enfant, porter des affaires ou enchaîner les détours ordinaires d’une journée.

C’est un point sensible bien au-delà de Rouen. En France, 37 % des habitants disent faire du vélo au moins une fois par mois et 25 % au moins une fois par semaine. C’est mieux qu’avant, mais encore loin de l’Allemagne, où la pratique mensuelle atteint 59 %. Le vélo progresse, mais il n’a pas encore gagné la bataille du quotidien familial. C’est précisément là que la métropole choisit d’intervenir: non pas sur le vélo du dimanche, mais sur celui qui peut remplacer un vrai trajet.

Le covoiturage raconte la même histoire, côté voiture. À Tourville-la-Rivière, l’aire ouverte en janvier 2024 comptait 49 places. Elle en compte désormais 98, dont deux pour les personnes à mobilité réduite. Si la capacité a été doublée si vite, c’est que l’usage suit. Autour de Rouen, comme ailleurs, la voiture reste le socle des déplacements ordinaires, y compris chez des habitants prêts à partager un trajet pour réduire les frais. À l’échelle nationale, l’État vise encore 3 millions de trajets quotidiens en covoiturage d’ici 2027. Cela dit assez clairement le retard français.

L’autre signal envoyé par la Métropole concerne les centres-villes et les polarités commerçantes. Le bureau métropolitain du 9 février a accordé 9 046 euros à l’union des commerçants et artisans de Franqueville-Saint-Pierre, qui rassemble 43 professionnels, et 40 000 euros aux Vitrines de Rouen, qui en regroupent 500, pour les animations des Fêtes Jeanne d’Arc. Ces montants ne sauveront pas à eux seuls des commerces fragiles. Mais ils disent où la collectivité choisit de tenir: ramener du passage, défendre un minimum de densité commerciale, éviter que certaines centralités ne se vident un peu plus.

Là encore, le problème dépasse largement la métropole rouennaise. En France, le taux de vacance commerciale des centres-villes a atteint 14 % en 2024, contre 6 % en 2010. La hausse des charges, la concurrence du commerce en ligne et l’érosion de certaines habitudes de fréquentation ont changé la donne. Dans ce contexte, financer des animations n’a rien d’une solution miracle. C’est une politique de maintien. Elle part d’un constat simple: quand les vitrines ferment, le flux baisse, puis l’usage, puis l’attractivité.

La ligne du mandat apparaît donc assez nettement. Pas de rupture franche. Pas de promesse magique. Plutôt une série d’interventions sur les points où la vie quotidienne coince: transporter un enfant sans reprendre la voiture, trouver une place pour partager un trajet, maintenir un peu de commerce et de présence dans les centralités. Ce sont de petites décisions. Mais ce sont elles qui montrent, tout de suite, ce qu’une majorité veut vraiment rendre un peu plus vivable.