Ce samedi 11 avril, le métro circule normalement sur le réseau Astuce. Les lignes TEOR roulent aussi, mais avec des écarts marqués: T1 reste la moins touchée, T2, T3 et T4 sont dégradées, et T5 est la plus affectée. Côté bus, les lignes 10, 22 et 43 ne circulent pas du tout. D’autres roulent en journée puis s’arrêtent après 19 heures, notamment F8, 11, 15, 20 et 41. La navette fluviale Calypso, elle, fonctionne. Pour les voyageurs, le vrai risque n’est donc pas un arrêt complet du réseau, mais un trajet qui tient à l’aller et casse au retour.
Le point important est que ce samedi n’a plus grand-chose d’exceptionnel. La Ville de Rouen évoque désormais une grève « entreprise chaque samedi » sur Astuce. Des avis comparables ont déjà été publiés pour les 24 janvier, 31 janvier et 21 février. Quand une perturbation devient un rendez-vous régulier, elle ne gêne plus seulement un jour donné: elle installe l’idée que le week-end, le réseau est moins sûr dès qu’on sort du métro et des axes les plus solides.
C’est précisément le mauvais endroit où faiblir. La Métropole a fait du samedi un jour de conquête pour les transports en commun, avec la gratuité sur le réseau Astuce. Elle a ajouté en septembre 2025 la gratuité pour tous les moins de 18 ans. La mesure concerne près de 24 000 abonnés. Plus largement, les mineurs représentaient déjà 22 % des déplacements du réseau en 2024, dans un système utilisé chaque mois par environ 117 000 personnes. On ne parle donc pas d’un service réservé à quelques usagers captifs. On parle d’un outil que la collectivité essaie de rendre banal pour les courses, les sorties, les visites familiales et les déplacements des jeunes.
Le deuxième angle est plus social qu’il n’en a l’air. Quand des lignes de bus sautent ou s’arrêtent tôt, ce ne sont pas les trajets les plus simples qui paient le plus, mais ceux qui dépendent des correspondances, des horaires atypiques et des liaisons moins centrales. Or le week-end ne sert pas seulement aux loisirs: à l’échelle nationale, 7,2 % des trajets vers ou depuis le lieu de travail habituel ont lieu le week-end. Et plus largement, la bataille reste rude pour les transports collectifs: en France, 82 % du transport intérieur de voyageurs se fait encore en voiture particulière, contre 5 % pour les transports collectifs routiers. Quand une métropole veut faire sortir une partie de ces trajets de la voiture, elle ne peut pas se permettre d’avoir son point faible récurrent le samedi.
Pour ce 11 avril, le conseil utile reste simple: vérifier sa ligne, anticiper la correspondance et sécuriser le retour avant la soirée. Mais le sujet dépasse la journée. Si le samedi reste le maillon fragile d’Astuce, c’est toute la promesse d’un réseau pratique au quotidien, et pas seulement aux heures de pointe, qui perd de sa crédibilité.