Le Département de la Seine-Maritime ne veut plus seulement équiper les collèges. Il veut aussi peser sur ce qui se passe à l’écran. Un marché vient d’être publié pour concevoir une application ludo-éducative sur iPad destinée aux collégiens et à leurs enseignants. Ce n’est pas un détail technique. Le département a déjà construit son propre environnement avec Arsène76, son espace numérique pour les collèges, Livre&Vous, sa bibliothèque numérique, et son plan de tablettes pour les élèves entrant en sixième. À la rentrée 2025, il disait avoir déjà distribué 39 000 tablettes aux élèves et 4 500 aux enseignants. Le sujet n’est donc plus l’accès à l’outil. Le sujet, c’est l’usage.
C’est là que le dossier devient intéressant. Un département finance les bâtiments, les équipements et une partie de l’environnement numérique des collèges. Il ne fait pas les programmes et ne remplace pas les professeurs. Une application de plus n’a donc aucun mérite en soi. Elle doit répondre à un besoin clair dans les classes, sans compliquer encore un paysage numérique scolaire déjà chargé.
La France a désormais un peu de recul sur le sujet. Les équipements individuels peuvent aider les élèves à gagner en aisance numérique et à mieux utiliser certains outils. Mais l’effet réel dépend beaucoup du contexte, des objectifs et de l’accompagnement. Bien utilisé, le numérique aide. Mal utilisé, il disperse. C’est exactement le test qui attend la Seine-Maritime. À ce stade, l’intitulé public du marché reste large. Il ne dit pas encore clairement si cette future application servira surtout à réviser, à animer les cours, à suivre des activités ou à autre chose. C’est même la première question à poser. Quand un outil n’a pas un usage précis, il finit souvent par devenir un écran de plus, un identifiant de plus, une contrainte de plus.
Il y a enfin un point que les collectivités ne peuvent plus traiter comme une annexe: les données. À mesure que les outils numériques s’installent dans les collèges, les informations personnelles des élèves circulent davantage elles aussi. Après le temps des tablettes, la Seine-Maritime entre donc dans une phase plus exposée. Il ne s’agit plus seulement d’acheter du matériel. Il s’agit de choisir un logiciel utile, supportable pour les enseignants, et propre dans sa manière de traiter les données de mineurs. C’est là que ce marché sera vraiment jugé.