Le rapport d’activités 2025 mis en ligne par la préfecture raconte moins un département administré au fil des dossiers qu’un territoire sous pression. Derrière le langage officiel, la hiérarchie est claire. L’État ne met pas tout au même niveau. Il concentre ses efforts là où la Seine-Maritime peut bloquer vite: l’énergie, les transports, les risques, la santé et le vieillissement. La synthèse régionale publiée par les services de l’État suit la même ligne.
Première priorité, faire tourner le territoire sans rater le virage énergétique. Le contrat de plan État-Région signé en 2025 engage 1,3 milliard d’euros de part État en Normandie. Parmi les opérations mises en avant figurent l’ouverture nord-sud des accès sud du pont Flaubert et la préfiguration du service express régional métropolitain de Rouen, avec deux nouvelles lignes ferroviaires, neuf lignes de car express et plus de 200 kilomètres de pistes cyclables annoncés à terme. En Seine-Maritime, la mobilité n’est plus un sujet d’appoint. Elle devient une condition de fonctionnement du département.
Cette logique apparaît encore plus nettement à Penly. En 2025, les travaux préparatoires de l’EPR2 ont déjà mobilisé jusqu’à 1 000 salariés, avec un parking de 2 000 places, des hébergements temporaires et un permis obtenu pour 480 studios. Le chantier doit ensuite changer d’échelle, avec plus de 10 000 salariés annoncés au pic d’activité. Ce n’est pas seulement un dossier nucléaire. C’est un test pour le logement, les routes, le rail, l’emploi local et la capacité des services publics à absorber un choc industriel massif.
Deuxième priorité, tenir un département où le risque fait partie du quotidien. La synthèse officielle insiste sur la décarbonation de la zone industrialo-portuaire Le Havre-Port-Jérôme, sur la nouvelle ligne électrique vers Sandouville et sur l’accompagnement des 26 sites industriels les plus émetteurs, dont 19 disposent désormais d’une feuille de route consolidée. Dans le même temps, la préfecture a encore organisé en 2026 un exercice national de sécurité civile autour de Penly, et elle a dû reconnaître en janvier un dysfonctionnement de FR-Alert après la tempête Goretti. Ici, produire plus propre ne suffit pas. Il faut aussi alerter vite, protéger et encaisser.
Troisième priorité, éviter que le vieillissement et les pénuries de main-d’œuvre ne grippent le reste. Le rapport replace aussi la Seine-Maritime dans une tension plus large: garder davantage de seniors en emploi dans un pays où le taux d’emploi des 55-64 ans reste faible. Il souligne aussi qu’en Normandie, si rien ne change dans les conditions d’hébergement, plus de 19 000 places supplémentaires seraient nécessaires pour les personnes âgées. Sur la santé, la réponse avancée est très concrète: plus de 200 docteurs juniors sont attendus en novembre 2026 pour renforcer l’offre de soins. Au Havre, la réforme de l’accompagnement du revenu de solidarité active a d’ailleurs servi de terrain d’essai avant la généralisation nationale.
C’est ce que ce rapport dit de plus utile. En Seine-Maritime, l’État ne manque pas de sujets. Il manque surtout de marge. Alors il trie. Il pousse les dossiers qui évitent au territoire de décrocher. Le reste compte aussi, bien sûr. Mais le centre de gravité est là. La question n’est plus de savoir quelles sont les priorités. Elles sont déjà visibles. La vraie question est plus simple: est-ce que l’exécution suivra.