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Dieppe Nord remet son assainissement en jeu

Le syndicat Dieppe Nord relance pour huit ans la gestion des eaux usées, sur fond de réseaux coûteux, d’investissements lourds et de normes plus strictes.

Illustration - réseau d’eau fictif entre station, canalisations et paysage littoral

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Le syndicat Dieppe Nord relance pour huit ans la gestion des eaux usées et le contrôle des installations individuelles non raccordées au réseau. Les offres doivent être déposées avant le 26 mai, pour prendre la suite du contrat actuel, en place depuis le 1er juillet 2014 et arrivé à échéance au 30 juin 2026. Le périmètre couvre Bellengreville, Criel-sur-Mer, Dieppe, Petit-Caux et Sauchay.

Le sujet est moins discret qu’il n’y paraît. En 2023, le service d’assainissement collectif affichait un prix représentatif de 4,89 euros TTC par mètre cube, un taux de raccordement de 98 %, 93,4 kilomètres de canalisations, 40 postes de pompage et une station d’épuration à Saint-Martin-en-Campagne. La même année, le syndicat a engagé 1,62 million d’euros de travaux et portait encore 3,2 millions d’euros de capital restant dû sur ses emprunts.

Le vrai enjeu est là. Le futur contrat sera jugé sur le prix, la technique et la qualité du service. Les indicateurs 2023 montrent un réseau qui tient, avec 100 % des boues évacuées dans des filières conformes et aucun point noir déclaré sur le réseau de collecte. Mais ils montrent aussi ce qui reste à reprendre en main: le taux moyen de renouvellement des canalisations n’est pas renseigné, le taux de réclamations écrites a grimpé à 1,66 pour 1 000 abonnés, au-dessus de l’objectif affiché, et le rapport mentionne des effondrements de conduites à Saint-Martin-en-Campagne ainsi que plusieurs débordements sur une conduite forcée rue de Vassonville.

Ce n’est pas un problème propre à Dieppe Nord. En 2022, la gestion des eaux usées a représenté 14,1 milliards d’euros en France. Neuf euros sur dix relevaient de l’assainissement collectif, 38 % de la dépense allaient à l’investissement, et les ménages finançaient 46 % de l’ensemble via leurs factures. Autrement dit, partout, les réseaux enterrés coûtent cher et réclament des arbitrages plus serrés.

La pression réglementaire monte en même temps. La nouvelle directive européenne sur les eaux urbaines résiduaires est entrée en vigueur le 1er janvier 2025. Elle renforce les obligations de traitement, de surveillance et d’information, avec des échéances échelonnées jusqu’en 2045. Elle durcit aussi la gestion des rejets par temps de pluie et pousse le secteur vers une trajectoire de neutralité énergétique pour les plus gros systèmes. Pour un syndicat local, cela change la nature du contrat: il ne s’agit plus seulement de faire tourner un service, mais de prouver qu’il est suivi, documenté et capable d’absorber des exigences plus dures.

À Dieppe Nord, le prochain cycle sera donc jugé sur des choses très concrètes: la capacité à mieux connaître l’état réel des canalisations, à prévenir les incidents, à tenir les investissements et à garder la facture sous contrôle. L’assainissement reste invisible jusqu’au jour où il lâche. C’est précisément pour cela que ce changement de concession mérite d’être regardé de près.