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En Seine-Maritime, la recharge publique cherche encore son modèle

Entre réseaux morcelés, recharge en immeuble encore lente et pression européenne, la Seine-Maritime cherche un modèle viable pour la recharge publique.

Illustration - borne de recharge publique sur un axe normand, entre ville, littoral et habitat collectif

La Seine-Maritime ne joue pas seulement la question des bornes de recharge. Elle joue la forme même de la recharge publique hors domicile. Le Syndicat départemental d’énergie a préparé une concession de 144 mois, à compter du 1er janvier 2026, pour reprendre le parc existant, équiper au moins 90 % des nouveaux points de charge visés sur les axes de transit, les aires de covoiturage et les pôles d’échange, et pouvoir aller jusqu’à 368 nouveaux points de charge sur parkings publics et voirie pour des habitants de logements collectifs sans parking privé. Rien que ce périmètre dit le vrai sujet: il ne s’agit plus d’ajouter quelques bornes, mais d’organiser un service territorial.

Le territoire, lui, est déjà morcelé. Le SDE 76 exploite 121 bornes à l’échelle de son réseau. La Métropole Rouen Normandie a son propre réseau MOBI recharge, avec une centaine de bornes, bientôt 400 points de charge, et une ouverture à l’itinérance. Le Havre Seine Métropole fonctionne, elle, avec trois couches de gestion, entre Effia pour certains parkings, le SDE 76 sur la zone rurale et Ubitricity Shell sur l’espace public, avec plus de 500 points de charge annoncés à l’échelle communautaire. Autrement dit, la recharge publique ne manque pas seulement de prises. Elle risque aussi de manquer de lisibilité, de cohérence tarifaire et de continuité d’usage selon les lieux.

C’est là que la question devient très concrète. Tant qu’un conducteur recharge chez lui, l’électrique reste relativement simple. Dès qu’il vit en immeuble, gare sa voiture dans la rue ou circule beaucoup entre villes moyennes, la borne publique cesse d’être un confort et devient une condition d’usage. Le baromètre national sur le résidentiel collectif montre bien le nœud du problème: 39 648 immeubles ont validé un projet d’infrastructure collective, mais 15 135 seulement sont déjà équipés. En clair, le marché avance, mais l’accès réel à la recharge reste encore trop lent là où il est le plus nécessaire.

Le contexte pousse pourtant à accélérer. Le règlement européen sur les infrastructures pour carburants alternatifs, applicable depuis le 13 avril 2024, impose des objectifs de couverture, d’interopérabilité, d’information sur les prix et de paiement pour la recharge publique. En France, 190 878 points de recharge ouverts au public étaient recensés fin février 2026. Dans le monde, plus de 1,3 million de points publics ont encore été ajoutés en 2024, tandis que l’Agence internationale de l’énergie rappelle que la recharge à domicile reste la norme quand elle est possible, et que le réseau public devient décisif pour ceux qui n’y ont pas accès. C’est exactement le test seinomarin: pas afficher une carte rassurante, mais rendre l’électrique praticable pour les habitants qui ne disposent pas, tout simplement, d’une prise à eux.