Le Havre ne se contente plus de surveiller l’eau. La métropole a lancé un marché sur l’amélioration de la connaissance et de la conscience du risque inondation. Derrière l’intitulé, le contenu est très concret: un volet porte sur l’élaboration d’une stratégie et d’un plan de communication autour du risque, l’autre sur l’étude et l’implantation de nouveaux repères de crue et de submersion marine. Quand une collectivité commence à inscrire l’eau passée dans l’espace public, elle ne gère plus seulement un aléa. Elle essaie de fabriquer de la mémoire et des réflexes.
Ce virage n’a rien de théorique. Le PAPI Le Havre Estuaire Pointe de Caux, officiellement labellisé depuis le 7 janvier 2025 pour six ans, couvre 55 communes. Son premier objectif est justement le développement de la culture du risque. Et le territoire a ses raisons de s’en occuper: ruissellement en zone urbaine, coulées boueuses sur les bassins ruraux et périurbains, crues rapides dans les vallées de la Lézarde et de l’Oudalle-Rogerval, submersion marine sur la ville basse du Havre et la zone industrialo-portuaire. Ce n’est donc pas un sujet pour quelques riverains malchanceux, mais pour des routes, des réseaux, des équipements publics, des entreprises et des quartiers entiers.
Le plus intéressant est là: la prévention sort du seul registre de l’alerte. En France, près de 18 millions de personnes vivent dans des logements exposés au risque d’inondation par débordement de cours d’eau, et 1,5 million supplémentaires au risque de submersion marine. Le ministère rappelle qu’il s’agit de près d’un Français sur quatre. Plus on imperméabilise, plus on urbanise les zones sensibles, plus l’oubli coûte cher. En Seine-Maritime, entre littoral, vallée de Seine et zones portuaires, faire comme si le risque n’existait vraiment qu’au moment où l’eau monte devient difficile à tenir.
Même Paris raisonne désormais ainsi. En Île-de-France, l’État estime qu’une grande crue mettrait plus d’un million de Franciliens en zone inondée, plus d’un million d’autres face aux défaillances des réseaux essentiels, pour 30 à 42 milliards d’euros de dommages directs. Le sujet n’est donc plus seulement de défendre des berges. Il est de maintenir une vie quotidienne à peu près debout quand l’eau dérègle l’électricité, les transports, l’assainissement, l’eau potable ou les télécoms. Le Havre commence à parler ce langage-là, à son échelle.
C’est ce qui donne à ce marché une portée plus large qu’il n’y paraît. Poser des repères, former, expliquer, tester ce que les habitants ont compris ou non, ce n’est pas de la communication en plus. C’est admettre qu’un territoire littoral et industriel ne peut pas redécouvrir le risque à chaque épisode. La vraie nouveauté n’est pas que l’eau menace. C’est que Le Havre commence à traiter cette menace comme une donnée durable du territoire.