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À Rouen, HAROPA fait du foncier portuaire un levier de sélection industrielle

À Grand-Couronne et Radicatel, HAROPA remet en jeu des hectares rares et choisit quelles activités auront un accès direct au cœur productif de la vallée de Seine.

Illustration - ensemble foncier portuaire

HAROPA ne relance pas un simple dossier immobilier. Le port remet en jeu deux sites rares de son domaine rouennais, au quai Carue à Grand-Couronne et au terminal de Radicatel à Saint-Jean-de-Folleville. Carue, c’est 4,8 hectares d’un seul tenant avec 400 mètres de quai, au cœur d’un environnement industriel de rive gauche. Radicatel, c’est 16,8 hectares déjà connectés au fleuve, au rail, à la route et au maritime, entre Rouen et Port-Jérôme. Ce ne sont pas des terrains en attente. Ce sont des points d’accès à la Seine productive.

La vraie question n’est donc pas de savoir qui paiera le plus. La vraie question est de savoir quel usage mérite d’y entrer. À Carue, HAROPA vise l’industrie, le BTP, l’économie circulaire et les logistiques qui vont avec. À Radicatel, le port pousse des activités industrielles ou agro-industrielles, du BTP et de la logistique, avec une préférence nette pour les projets à forte valeur ajoutée. Les dossiers peuvent être écartés s’ils n’ont pas de lien réel avec l’activité portuaire ou industrielle, s’ils ignorent les contraintes d’urbanisme et de risques, ou s’ils ne tiennent pas techniquement sur site. Le foncier sert ici à filtrer, pas seulement à louer.

La grille de sélection le confirme. À Carue, l’apport à l’écosystème portuaire et territorial pèse autant que la valorisation économique du terrain. À Radicatel, il pèse encore davantage. Trafics générés, insertion dans les filières existantes, emplois, massification, gestion des flux poids lourds, compatibilité environnementale, tout entre dans le calcul. HAROPA ne choisit donc pas seulement un occupant. Il choisit quel type d’économie aura droit à un accès direct au quai.

C’est ce qui donne à cet appel une portée plus large qu’il n’y paraît. Avec la pression du zéro artificialisation nette, les terrains productifs bien placés deviennent plus rares, plus disputés, plus stratégiques. Dans les ports, la compétition ne se joue plus seulement sur les terminaux ou les grues. Elle se joue aussi sur les hectares déjà artificialisés, déjà raccordés, déjà capables d’absorber des flux lourds sans recréer ailleurs les mêmes conflits d’usage.

À Rouen, cette bataille est tout sauf théorique. Le complexe industrialo-portuaire compte beaucoup dans l’économie locale, et ses meilleurs sites sont peu nombreux. Quand HAROPA arbitre entre Carue et Radicatel, il ne remplit pas une vacance foncière. Il décide quelles activités auront une place physique dans la vallée de Seine, au contact du fleuve, du rail, de la route et de l’industrie. Voilà le vrai sujet. Le port ne gère plus seulement des flux. Il trie l’avenir économique auquel il veut donner du terrain.