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Grandes marées en Seine-Maritime: profiter du littoral sans se faire piéger

Du 1er au 4 avril, des coefficients supérieurs à 90 sont annoncés en Seine-Maritime. Un épisode à prendre au sérieux, sans le dramatiser, entre spectacle du rivage et vraie culture du risque.

En Seine-Maritime, les grandes marées commencent souvent comme un plaisir simple. On descend plus loin sur les galets, on s’attarde sur l’estran, on veut voir la mer autrement. C’est là que le risque commence. Du 1er au 4 avril, la préfecture annonce des coefficients supérieurs à 90 sur la façade Manche mer du Nord. Rien d’alarmiste, mais un épisode à prendre au sérieux sur une côte où la marge d’erreur reste mince.

Les coefficients attendus au Havre, à Fécamp et à Dieppe tournent autour de 92 et 93 entre le 1er et le 3 avril. Il s’agit bien de grandes marées, pas d’une séquence exceptionnelle. Surtout, une grande marée n’est pas en elle-même une submersion marine ni une crue. Le coefficient mesure l’amplitude de la marée. Pour qu’un épisode devienne un vrai problème de sécurité civile, il faut souvent du vent, de la houle, une surcote ou un fleuve déjà haut. Sur ce point, la Seine aval reste en vigilance verte.

Le danger est ailleurs, et il est beaucoup plus banal. Quand la mer se retire plus loin que d’habitude, elle donne une impression d’espace et de temps. On avance davantage. On reste un peu plus. Puis l’eau remonte assez vite pour couper un retour, isoler quelqu’un sur un rocher ou surprendre un groupe dans une valleuse. Sur la côte seinomarine, faite de falaises, de galets, de digues et d’estuaire, il n’y a pas besoin d’une scène spectaculaire pour qu’une sortie tourne mal. En février encore, trois personnes ont dû être secourues après avoir été isolées par la marée à Étretat.

Les secours voient passer ce type d’erreur toute l’année. En 2024, 407 personnes ont été isolées par la marée sur l’ensemble de la façade Manche mer du Nord. En 2025, ce nombre est monté à 695. Sur la seule zone du CROSS Jobourg, qui va du Mont-Saint-Michel au cap d’Antifer, 66 isolements par la marée ont été signalés en 2025. La Seine-Maritime n’échappe donc pas à un risque très concret, lié moins à l’exceptionnel qu’à l’inattention.

La règle est simple. Oui, il est possible de profiter du littoral. Mais il faut lire les horaires, observer le terrain et penser au retour avant même de partir. Une grande marée n’annonce pas forcément un événement grave. En revanche, elle suffit largement pour transformer une promenade anodine en mauvais calcul. Sur cette côte, le piège n’est pas la mer quand elle devient extraordinaire. C’est la mer quand on la croit prévisible.