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Du stade au littoral, comment les drones entrent dans la sécurité courante en Seine-Maritime

Encadrés depuis 2023, les drones apparaissent dans des usages de sécurité de plus en plus variés en Seine-Maritime, sous le contrôle du juge.

Drone de surveillance au-dessus d’un paysage urbain et côtier de Seine-Maritime au crépuscule

Le 27 mars, la préfecture de la Seine-Maritime a autorisé l’usage d’un drone pour le match Rouen-Caen à Petit-Quevilly. Le 13 mars, un autre arrêté concernait HAC-OL au stade Océane. En janvier, un troisième visait l’aérodrome de Rouen. Ces décisions n’ont pas le même objet, mais elles reposent sur le même mécanisme: l’autorisation préfectorale de capter, d’enregistrer et de transmettre des images par aéronef pour des missions de police administrative.

Depuis avril 2023, le code de la sécurité intérieure permet ce type d’usage pour des finalités précises, comme la sécurité d’un rassemblement, la protection d’un site exposé, la surveillance des frontières, la régulation des flux ou le secours aux personnes. Chaque autorisation doit être écrite, motivée, limitée dans le temps et strictement bornée à un périmètre. En Seine-Maritime, l’arrêté du 19 avril 2023 fixe à 100 le nombre maximal de caméras aéroportées pouvant être utilisées simultanément dans le département.

Les usages locaux montrent déjà une extension assez nette. Autour d’un match, le drone sert à surveiller les abords du stade, les flux de spectateurs et d’éventuels points de tension. À l’aérodrome de Rouen, il s’agit de protéger une installation sensible. Début 2025, la préfecture a aussi autorisé une surveillance aérienne entre Le Tréport et Saint-Valéry-en-Caux pour lutter contre les franchissements irréguliers de frontière et appuyer le secours aux personnes. Au Havre, en mars 2025, un autre arrêté visait une opération contre les rodéos urbains dans les quartiers des Neiges et de Caucriauville.

Ce mouvement n’a rien de purement local. En septembre 2025, les autorités faisaient état de 965 drones pour la gendarmerie et de 650 pour la police nationale, avec plus de 1 500 agents formés au pilotage, à la sécurité aérienne et au cadre d’emploi de ces caméras déportées. La Seine-Maritime n’a donc rien d’un cas isolé. Elle donne plutôt à voir, à l’échelle d’un département, la banalisation progressive d’un outil désormais intégré aux dispositifs ordinaires de surveillance et d’appui.

Le cadre reste toutefois serré. Les drones utilisés à des fins de sécurité publique ne peuvent ni capter le son, ni recourir à la reconnaissance faciale, ni être mis en relation automatisée avec d’autres fichiers de données personnelles. Les images de l’intérieur des domiciles et, de façon spécifique, de leurs entrées doivent être supprimées sous 48 heures lorsqu’il n’a pas été possible d’interrompre l’enregistrement. Les autres images sont conservées au maximum sept jours, hors procédure judiciaire, administrative ou disciplinaire.

Le juge administratif reste le vrai point de contrôle. En mars 2025, le tribunal administratif de Rouen a rejeté la demande de suspension de l’arrêté sur le littoral seinomarin. En septembre 2025, le même tribunal a en revanche suspendu plusieurs arrêtés autorisant des drones lors de manifestations à Rouen, au Havre, à Gonfreville-l’Orcher et à Harfleur, en estimant que la préfecture n’apportait pas d’éléments assez précis pour démontrer que les autres moyens disponibles étaient insuffisants.

La ligne est donc assez claire. En Seine-Maritime, le drone n’est plus réservé à des circonstances exceptionnelles. Il apparaît dans des opérations de sécurité de plus en plus ordinaires, autour d’un stade, d’un site sensible, du littoral ou d’une intervention urbaine. Mais cette banalisation reste conditionnelle. Chaque usage doit être justifié, limité et proportionné. À défaut, le juge peut l’arrêter.