Quatre jours après le second tour, la Seine-Maritime n’a pas changé de camp. Le Havre est resté à Édouard Philippe avec 47,71 % des exprimés. Rouen est restée à Nicolas Mayer-Rossignol avec 48,14 %. Les deux principaux pôles du département ont donc tenu, et avec eux une grande partie de l’architecture politique locale.
Mais cette stabilité est plus étroite qu’elle n’en a l’air. Au Havre, la liste victorieuse ne représente que 25,16 % des inscrits. À Rouen, 22,75 %. Dans les deux cas, la mairie sort renforcée en sièges et en capacité d’agir. Dans les deux cas aussi, elle repose sur une adhésion électorale limitée à l’échelle de l’ensemble du corps électoral.
La participation confirme ce décalage. Elle a atteint 53,72 % au Havre et 47,99 % à Rouen. Les grandes villes ont bien reconduit leurs exécutifs, mais sans dynamique civique particulière. Le second tour a tranché l’élection. Il n’a pas dissipé la distance entre les mairies et une partie de leurs électeurs.
Le scrutin est encore plus parlant dans plusieurs communes moyennes. À Saint-Valery-en-Caux, 8 voix ont suffi pour départager les deux listes, 944 contre 936, mais l’arrivée donne 21 sièges à la liste gagnante contre 6 à l’autre. À Yvetot, 64 voix ont suffi pour faire basculer la ville et donner 23 sièges à la liste arrivée en tête, contre 6 à la liste du maire sortant. Le système municipal produit ainsi des majorités très lisibles à partir de rapports de force parfois infimes.
Bihorel résume une autre fragilité. La gauche y a gagné avec 44,17 % des exprimés dans une triangulaire. Mais les deux listes de droite additionnées dépassent 55 %. Le résultat dit donc autant la division du camp adverse que la force propre de la liste victorieuse.
Fécamp va dans le même sens. La liste arrivée en tête n’y a devancé la gauche que de 49 voix, tandis que le RN a atteint 17,79 %. Là encore, le conseil municipal paraît clair une fois les sièges attribués, mais le paysage électoral reste fragmenté.
Le second tour ne laisse donc pas l’image d’un basculement départemental, ni celle d’un simple statu quo confortable. Les centres ont tenu, mais sur une base souvent resserrée. Plusieurs majorités qui paraîtront solides dans l’hémicycle commenceront leur mandat avec une assise électorale plus mince que ne le suggère la carte finale.