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À Villaroche, Safran mise 34,5 millions d’euros sur la chaleur du sous-sol

À Réau, Safran mise 34,5 millions d’euros sur la géothermie pour chauffer 300 000 m² de bâtiments. Pourquoi si peu d’usines font-elles de même ?

Illustration - Centrale géothermique et puits à Villaroche

À Réau, Safran Aircraft Engines commence à utiliser une eau puisée à 1 650 mètres sous terre pour chauffer les bâtiments de son site de 300 000 m². Mise en service à la mi-octobre selon le groupe, la centrale géothermique de Villaroche doit remplacer à terme 84 % des besoins en chaleur du site jusqu’ici couverts par le gaz. L’investissement atteint 34,5 millions d’euros, selon L’Usine Nouvelle. Une somme qui explique pourquoi cette solution, utilisée depuis des décennies pour chauffer des villes, reste rare dans les usines.

En France, 90 % de la chaleur produite par géothermie profonde alimentait des réseaux de chaleur en 2024, contre seulement 7 % pour l’industrie, selon le Panorama de la chaleur renouvelable. En Seine-et-Marne, Melun exploite cette ressource depuis 1969. Safran, lui, est le premier industriel francilien à s’équiper d’une centrale de géothermie profonde dédiée à son site.

Des millions à engager, des années à amortir

Le forage de puits profonds exige un investissement initial considérable, qu’il faut ensuite rentabiliser sur de nombreuses années.

Avec plus de 5 000 salariés, d’immenses ateliers d’assemblage et d’essais de moteurs et près de 300 000 m² à chauffer, Villaroche présente un avantage rare : une demande importante de chaleur sur un site dont Safran prévoit de poursuivre l’exploitation pendant de nombreuses années.

David Coutelle, président de la commission géothermie du Syndicat des énergies renouvelables, expliquait à l’AFP en février que ces investissements s’amortissent sur dix à quinze ans au minimum. Peu d’industriels sont prêts à s’engager sur de telles durées, même lorsque les études prévoient un coût de production de chaleur avantageux et moins exposé aux variations du prix du gaz.

Safran estimait en 2025 pouvoir économiser 2,5 millions d’euros par an sur sa facture de chauffage, selon Le Parisien. Cette économie reste prévisionnelle. Le projet bénéficie également du Fonds chaleur de l’Ademe.

La rentabilité dépend aussi du sous-sol. À Douai, dans le Nord, Renault avait envisagé une centrale géothermique pour son usine automobile, avant d’abandonner le projet fin 2024. Malgré les autorisations obtenues, le constructeur jugeait insuffisantes les garanties face aux incertitudes sur le débit d’eau et les caractéristiques du réservoir souterrain. Le forage devait y dépasser 4 000 mètres.

À Villaroche, la ressource est mieux connue. Le Dogger, cette couche calcaire profonde du Bassin parisien, alimente déjà de nombreux réseaux de chaleur franciliens. Cette expérience réduit une partie des inconnues géologiques, sans supprimer le coût des travaux.

Deux puits et une usine qui continue de tourner

Safran s’est associé à Dalkia et Arverne pour réaliser l’installation. Un premier puits remonte une eau naturellement chauffée à environ 75 °C. Après récupération de sa chaleur, un second la réinjecte dans le réservoir souterrain. Des pompes à chaleur et la modernisation du réseau interne permettent ensuite d’alimenter le chauffage des bâtiments.

Le chantier a nécessité des forages profonds au milieu d’un site aéronautique toujours en activité. Arverne a notamment utilisé un appareil de forage hydroélectrique plus compact et moins bruyant.

Si les objectifs sont atteints, Safran prévoit d’éviter environ 6 500 tonnes de CO₂ par an, soit une réduction de 75 % des émissions liées au chauffage de Villaroche. La centrale vient seulement d’entrer en service : aucun bilan annuel ne permet encore de mesurer les économies effectivement réalisées.

Pour exploiter la géothermie à cette échelle industrielle, il faut réunir une ressource géologique favorable, une forte consommation de chaleur et la capacité d’engager plusieurs dizaines de millions d’euros sur une longue durée.

À Villaroche, les deux puits alimentent désormais la centrale. La première saison de chauffe permettra de mesurer la baisse de consommation de gaz sur laquelle Safran a fondé son investissement.

Sources consultées
  1. SafranLe plus grand site industriel de Safran accélère sa décarbonation
  2. DalkiaSafran et le groupement Dalkia-Arverne Group misent sur la géothermie profonde pour une industrie décarbonée
  3. GIFAS / L'Usine NouvelleSafran investit 34,5 M€ dans la géothermie profonde à Villaroche
  4. AFP / Connaissance des ÉnergiesSafran mise sur la géothermie pour décarboner son usine de Villaroche
  5. SER, AFPG, BRGM, Ademe et partenairesPanorama de la chaleur renouvelable et de récupération, édition 2025
  6. Geothermies.frRevue de presse de la géothermie n° 89 du 10 janvier 2025